Ogou Feray
Lwa guerrier du fer et du feu
Origines
Ogou est venu en Haïti avec les captifs yoruba, que l’on appelait Nago dans la colonie de Saint-Domingue. Il descend directement d’Ogun, l’orisha du fer, mais il a changé en traversant l’Atlantique. Dans le vodou, Ogou n’est pas un seul esprit : c’est une famille de lwa, les Ogou, qui partagent le fer, le feu et le tempérament guerrier, et dont chacun a sa personnalité. Ogou Feray, dont le nom vient du mot « ferraille », en est le plus martial. On rencontre aussi Ogou Badagri, Ogou Balendjo, Ogou Chango et bien d’autres.
Ogou Feray appartient au rite Nago, rattaché à la nation Rada, celle des esprits venus d’Afrique. Alfred Métraux, qui a observé son culte dans les années 1940, le décrit comme un général, un homme d’armes et de commandement.
Attributs et symboles
Sa couleur est le rouge. Quand il monte un fidèle, celui-ci noue un foulard rouge, réclame un sabre ou une machette, et parle d’une voix forte, avec l’assurance d’un soldat. Il aime le rhum, qu’il boit parfois enflammé, et le tabac. Son vèvè représente souvent un sabre ou une bannière. Devant le poteau central du temple, la machette plantée en terre est un signe de sa présence.
Les images de saint Jacques le Majeur, montré en cavalier armé qui terrasse ses ennemis, servent depuis le XIXe siècle à le représenter. Ce n’est pas une confusion : le fidèle sait qui il sert, et l’image chrétienne est un support.
Mythes principaux
Le vodou transmet moins des récits que des caractères. Ogou Feray est le lwa que l’on invoque pour se défendre, pour trouver le courage et pour tenir bon dans les épreuves. Les chants qui lui sont adressés parlent de blessures, de combat et de fidélité. Un thème revient : Ogou est blessé, mais il se relève et reprend les armes.
On l’associe étroitement à la lutte pour l’indépendance d’Haïti. Les chefs de la révolution, Jean-Jacques Dessalines en tête, sont dans la mémoire populaire des figures d’Ogou, et certains ont été eux-mêmes intégrés au panthéon des lwa. Servir Ogou, c’est aussi se rappeler que la liberté a été conquise par les armes.
Culte et postérité
Ogou est l’un des lwa les plus servis en Haïti et dans la diaspora. Les militaires, les policiers, les ouvriers du métal et, plus généralement, ceux qui affrontent un adversaire lui adressent leurs demandes. Sa fête coïncide avec celle de saint Jacques, le 25 juillet, qui donne lieu à des pèlerinages, notamment à Plaine-du-Nord.
Sa parenté avec l’Ogun des Yoruba et l’Ogum du candomblé brésilien est bien établie par les chercheurs. Mais Ogou Feray est une figure haïtienne, façonnée par l’histoire de l’esclavage et de la révolution, et c’est ainsi que ses fidèles le connaissent.
Figures apparentées dans d’autres panthéons
- Ogun — Orisha du fer, de la guerre et de la forge (Panthéon yoruba)