Ces dieux

Belenos

Dieu gaulois assimilé à Apollon

Origines

Belenos est l’un des rares dieux gaulois dont le nom soit attesté à la fois par les inscriptions et par plusieurs auteurs antiques. Il est aussi l’un des mieux localisés. Son foyer principal est Aquilée, à la tête de l’Adriatique, où des dizaines de dédicaces l’invoquent, souvent sous la forme Apollon Belenus ; il est également honoré dans le Norique, l’actuelle Autriche, en Narbonnaise et jusqu’à Bordeaux. Tertullien, dans son Apologétique, le cite comme le dieu propre du Norique, à côté des dieux nationaux d’autres provinces. Hérodien raconte que, lors du siège d’Aquilée par l’empereur Maximin en 238, les habitants affirmèrent que Belenus, leur dieu qu’ils identifiaient à Apollon, avait combattu dans les airs au-dessus de la ville.

Le sens de son nom est discuté. L’explication traditionnelle y voit « le Brillant », à partir d’une racine signifiant « éclat », et fait de lui un dieu solaire. Xavier Delamarre, dans son Dictionnaire de la langue gauloise, juge cette étymologie fragile et envisage plutôt une racine signifiant « fort », « puissant ». Le nom d’une plante, la jusquiame, que les auteurs anciens donnent en gaulois sous une forme proche de belenountia, a également été rapproché du dieu, en raison des usages médicinaux de la plante. Aucune de ces pistes ne s’impose.

Attributs et symboles

Belenos n’a pas d’iconographie propre : lorsqu’il est représenté, c’est sous les traits de l’Apollon gréco-romain. Son domaine, à en juger par cette assimilation et par les lieux de son culte, est celui de la guérison, qu’Apollon exerce en Gaule sous plusieurs surnoms indigènes, comme Grannus ou Borvo, liés aux sources thermales. César, dans la Guerre des Gaules, écrit que l’Apollon des Gaulois chasse les maladies ; Belenos est l’un des dieux qui se cachent derrière cette formule. L’aspect solaire, si souvent mis en avant, n’est qu’une conséquence de l’étymologie contestée et du rapprochement avec Apollon.

Le nom de la déesse Belisama, attesté par une inscription gauloise de Vaison-la-Romaine et par une dédicace latine à Minerve Belisama à Saint-Lizier, en Ariège, contient le même élément ; on en fait parfois sa parèdre, sans preuve.

Mythes principaux

Aucun mythe de Belenos ne nous est parvenu. Les seuls éléments narratifs sont le récit d’Hérodien sur le siège d’Aquilée et quelques allusions à ses prêtres. Le poète Ausone, au IVe siècle, évoque dans sa Commemoratio professorum Burdigalensium deux professeurs de Bordeaux issus de familles de prêtres de Belenus : Attius Patera, dont la lignée, « issue des druides » selon la rumeur, venait de Bayeux, et Phoebicius, gardien du temple du dieu, originaire d’Armorique. Ces notices, écrites longtemps après la disparition des druides, montrent que la mémoire du dieu se conservait dans certaines familles lettrées de Gaule.

Les textes insulaires ne connaissent aucun dieu de ce nom. On a proposé de rapprocher Beli Mawr, ancêtre légendaire des dynasties galloises, et le roi Belinus de Geoffroy de Monmouth, mais ces figures relèvent de la généalogie et de la pseudo-histoire, non de la religion.

Culte et postérité

Le culte de Belenos n’est attesté qu’à l’époque romaine, jusqu’au IVe siècle de notre ère. À Aquilée, il fut l’objet d’une dévotion publique, avec des dédicaces de magistrats et de notables ; la ville s’est placée sous sa protection lors du siège de 238. Ailleurs, les dédicaces sont plus modestes et privées. Comme les autres dieux gaulois, il a disparu avec la christianisation.

La fête irlandaise de Beltaine, le 1er mai, est souvent présentée comme « le feu de Bel » et rattachée à Belenos. Le Glossaire de Cormac explique le nom par des feux que les druides allumaient et entre lesquels on faisait passer le bétail, mais il n’y nomme aucun dieu, et le lien avec Belenos reste une hypothèse linguistique, non un fait établi. Le grand public le connaît surtout par le juron « par Bélénos » des albums d’Astérix, qui ont assuré à ce dieu de guérison une célébrité que ses inscriptions n’auraient jamais suffi à lui donner.

Figures apparentées dans d’autres panthéons

  • Apollon — Dieu de la lumière, des oracles et de la musique (Mythologie grecque)

Pour aller plus loin

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Sources

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