Apollon
Dieu de la lumière, des oracles et de la musique
Origines
Apollon est le fils de Zeus et de la Titanide Léto, et le frère jumeau d’Artémis. L’Hymne homérique à Apollon raconte sa naissance : Héra, jalouse, avait interdit à toute terre d’accueillir Léto pour ses couches, et seule la petite île de Délos, alors flottante et sans richesse, accepta, contre la promesse que le dieu y aurait son temple. Léto accoucha appuyée à un palmier, et Délos fut fixée au fond de la mer. Le nouveau-né réclama aussitôt l’arc et la lyre et déclara qu’il révélerait aux hommes la volonté de Zeus.
Encore jeune, il se rendit à Delphes, sur les pentes du Parnasse, où il tua de ses flèches le serpent Python qui gardait le lieu, et y fonda son oracle. Le surnom de Phoibos, « le Brillant », lui est donné par Homère. Contrairement à une idée répandue, il n’est pas à l’origine le dieu du soleil, qui est Hélios ; leur identification s’est faite plus tard, à partir de l’époque classique.
Attributs et symboles
Apollon est représenté en jeune homme imberbe, aux longs cheveux, l’image même de la beauté masculine dans l’art grec. Il tient l’arc, avec lequel il frappe de loin, ou la lyre, que lui donna Hermès. Le laurier lui est consacré, ainsi que le trépied de Delphes sur lequel siégeait sa prophétesse, la Pythie. Le corbeau, le cygne, le loup et le dauphin, sous la forme duquel il guida ses premiers prêtres vers Delphes, font partie de ses animaux.
Ses domaines sont nombreux et cohérents : la divination, la musique et la poésie, à la tête des Muses, la médecine, qu’il transmit à son fils Asclépios, la purification des meurtriers, et la protection des jeunes gens. Mais ses flèches apportent aussi la maladie : l’Iliade s’ouvre sur la peste qu’il déchaîne contre le camp grec pour venger son prêtre Chrysès. Walter Burkert note que le dieu qui guérit est le même que celui qui frappe.
Mythes principaux
Ses vengeances sont célèbres. Avec Artémis, il tua les enfants de Niobé, qui s’était vantée d’être plus féconde que Léto. Il écorcha le satyre Marsyas, qui avait osé le défier à la flûte. Il donna à Cassandre le don de prophétie, puis, repoussé, la condamna à n’être jamais crue. Ayant tué les Cyclopes pour venger Asclépios foudroyé par Zeus, il dut servir un an comme berger chez le roi Admète.
Ses amours sont souvent malheureuses. Le jeune Hyacinthe, qu’il aimait, mourut frappé par son propre disque, et la nymphe Daphné, qui le fuyait, fut changée en laurier ; ce dernier récit est surtout connu par Ovide. L’Hymne homérique à Hermès raconte comment son jeune frère lui vola son troupeau, et comment il lui pardonna en échange de la lyre.
Dans l’Iliade, il défend Troie. Il frappe Patrocle dans le dos pour le livrer à Hector, et Hector mourant annonce à Achille que Pâris et Apollon le tueront à leur tour aux portes Scées.
Culte et postérité
Delphes fut le centre religieux du monde grec. Les cités y envoyaient consulter la Pythie avant de fonder une colonie ou d’entrer en guerre, et les jeux Pythiques, tous les quatre ans, y couronnaient musiciens et athlètes. Les maximes gravées au temple, dont « Connais-toi toi-même », résumaient une sagesse de la mesure que les Grecs plaçaient sous son nom. Délos, sa ville natale, accueillait les Ioniens ; d’autres oracles lui appartenaient à Didymes et à Claros, en Asie Mineure.
Rome l’a adopté sous son propre nom, sans équivalent latin, et l’empereur Auguste en fit son protecteur. Nietzsche, dans La Naissance de la tragédie, a opposé l’apollinien, ordre et clarté, au dionysiaque. Apollon reste le dieu de la forme, de la lumière et de la raison, sans que l’on oublie l’arc qu’il tient dans l’autre main.