Ces dieux

Lug

Dieu irlandais maître de tous les arts

Origines

Lug est l’une des figures centrales des textes irlandais médiévaux, où il appartient aux Tuatha Dé Danann, le peuple divin qui règne sur l’Irlande avant l’arrivée des Gaëls. Son ascendance est double : son père Cian est un Tuatha Dé, sa mère Ethniu est la fille de Balor, chef des Fomoire, les puissances hostiles venues de la mer. Il est ainsi, par le sang, le lien entre les deux camps que le Cath Maige Tuired oppose.

Son nom déborde largement l’Irlande. En Gaule, le dieu Lugus n’apparaît pas directement dans les inscriptions au singulier, mais son nom est présent dans la toponymie : Lugdunum, « la forteresse de Lugus », est le nom antique de Lyon, mais aussi de Laon et de Saint-Bertrand-de-Comminges. Des dédicaces au pluriel, aux Lugoves, sont connues à Osma en Espagne, où elles émanent d’une corporation de cordonniers, et à Avenches en Suisse. Au pays de Galles, Lleu Llaw Gyffes, héros de la quatrième branche du Mabinogi, porte un nom apparenté. La plupart des chercheurs reconnaissent dans Lugus le « Mercure » que César présente, dans la Guerre des Gaules, comme le dieu le plus honoré des Gaulois et l’inventeur de tous les arts. Ce rapprochement est une hypothèse solide, non une certitude.

Attributs et symboles

Lug est Lámfada, « au long bras », épithète que l’on rapporte à la portée de sa lance ou de sa fronde. Le Lebor Gabála Érenn compte, parmi les quatre talismans que les Tuatha Dé Danann apportent en Irlande, la lance de Lug, venue de la cité de Gorias, contre laquelle aucune bataille ne pouvait être gagnée. À Mag Tured, c’est pourtant une fronde qu’il emploie contre Balor.

Ce qui le définit, plus qu’une arme, c’est la maîtrise de tous les métiers. La scène de son arrivée à Tara le dit clairement : il se présente à la porte comme charpentier, puis forgeron, champion, harpiste, poète, historien, sorcier, médecin, échanson, orfèvre ; à chaque fois, le portier répond que le roi a déjà quelqu’un ; Lug demande alors s’il se trouve un homme qui possède tous ces arts à la fois. Il n’y en a pas, et il entre. D’où son surnom de Samildánach, « celui qui possède ensemble tous les arts ». Pour Guyonvarc’h et Le Roux, ce trait fait de lui un dieu hors classe, qui ne se laisse enfermer dans aucune fonction particulière.

Mythes principaux

Le Cath Maige Tuired est son grand récit. Nuada, roi des Tuatha Dé, a perdu un bras au combat et, avec lui, le droit de régner ; Bres, roi à moitié fomoire, accable le peuple de tributs. Lug arrive à Tara, prouve ses talents au jeu de fidchell, à la harpe et au lancer d’une pierre énorme, et Nuada lui cède la conduite de l’armée. Au combat, il affronte Balor, son propre grand-père, dont l’œil, qu’il faut quatre hommes pour ouvrir, tue tout ce qu’il regarde. La pierre de fronde de Lug traverse l’œil et le retourne contre l’armée fomoire. Après la victoire, Lug épargne Bres en échange des secrets du labour, des semailles et de la moisson.

Dans la Táin Bó Cúailnge, Lug est le père divin de Cú Chulainn. Quand le héros, épuisé, défend seul l’Ulster, Lug vient combattre à sa place pendant trois jours et soigne ses blessures pendant qu’il dort.

Selon la tradition, Lug institua l’assemblée de Lugnasad, le 1er août, en mémoire de sa mère nourricière Tailtiu, morte d’avoir défriché les plaines d’Irlande.

Culte et postérité

Les textes irlandais, écrits par des clercs chrétiens, ne décrivent aucun culte de Lug. La fête de Lugnasad, en revanche, a survécu jusqu’à l’époque moderne comme fête des moissons, avec ses foires, ses jeux et ses ascensions de collines. L’historienne Máire MacNeill en a fait l’inventaire dans The Festival of Lughnasa (1962). On a souvent noté que l’assemblée annuelle des Trois Gaules, instituée sous Auguste au sanctuaire de Lyon, se tenait le 1er août ; la coïncidence est suggestive, mais elle reste une hypothèse.

L’idée ancienne d’un Lug dieu solaire, fondée sur un rapprochement avec le latin lux, est aujourd’hui abandonnée par les linguistes. Lug reste l’un des dieux celtiques les plus présents dans la littérature et le néo-paganisme contemporains.

Figures apparentées dans d’autres panthéons

  • Mercure — Dieu du commerce, du gain, des voyageurs et des messages (Mythologie romaine)

Pour aller plus loin

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Sources

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