Mercure
Dieu du commerce, du gain, des voyageurs et des messages
Origines
Mercure est, parmi les grands dieux de Rome, l’un des derniers venus. Son nom le dit : il vient de merx, « la marchandise », et de mercari, « commercer ». Il n’a pas de flamine et n’apparaît pas dans la couche la plus ancienne du calendrier. Son entrée officielle dans la Ville est datée : Tite-Live rapporte qu’en 495 avant notre ère un temple lui fut dédié sur le versant de l’Aventin qui domine le Grand Cirque, dans une année de disette et de troubles entre patriciens et plébéiens. Le Sénat laissa le peuple choisir qui ferait la dédicace, et le peuple préféra aux deux consuls un simple centurion, Marcus Laetorius. Le temple fut lié dès l’origine à l’approvisionnement en blé et à un collège de marchands.
Ce dieu du commerce reçoit d’emblée l’image d’Hermès, que Rome connaît par les Grecs de Campanie et de Sicile : les marchands qui l’honorent sont ceux qui traitent avec le monde grec.
Attributs et symboles
Le caducée, baguette entourée de deux serpents, le pétase, chapeau rond de voyageur, souvent ailé, et les sandales ailées sont les siens comme ceux d’Hermès. Les Romains y ajoutent la bourse, tenue à la main : signe de son domaine propre, le gain. Les Fastes d’Ovide résument ses attributions : messager de Jupiter, inventeur de la lyre, patron des voyageurs, des marchands et des voleurs, celui qui conduit les âmes aux Enfers. Sa mère est Maia, à qui l’on sacrifiait aux calendes de mai, le mois même où tombe sa fête.
Mythes principaux
Rome a lu chez Ovide les mythes grecs d’Hermès sous le nom de Mercure. Dans les Métamorphoses, il endort de sa flûte le gardien Argus aux cent yeux et le décapite pour délivrer Io ; il change en pierre le berger Battus, qui avait trahi sa parole ; il parcourt la terre avec Jupiter sous une apparence humaine et, repoussé partout, est reçu par les pauvres Philémon et Baucis, qu’il récompense.
L’Énéide lui confie la mission décisive du poème. Jupiter l’envoie à Carthage rappeler à Énée, qui s’attarde auprès de Didon, que son destin est en Italie. Mercure chausse ses sandales d’or, prend sa baguette, survole l’Atlas et trouve le héros en train de bâtir la ville d’une autre. Une seconde apparition, en songe, le presse de partir la nuit même. Le dieu des passages est ici l’instrument de l’histoire.
Culte et postérité
Le 15 mai, jour anniversaire du temple, était la fête des marchands. Ovide décrit le rite : le négociant, tunique retroussée, puise de l’eau à la fontaine de Mercure près de la porte Capène, y trempe un rameau de laurier et en asperge sa marchandise et ses cheveux, puis demande au dieu, en riant, le pardon de ses parjures passés et le bénéfice de ceux à venir. Le passage est ironique, mais le lien entre Mercure et le gain est réel : il est le dieu qu’on prie pour que l’affaire se conclue.
Hors de Rome, Mercure a connu une fortune singulière. César écrit que les Gaulois honorent Mercure plus que tout autre dieu, inventeur de tous les arts, guide des routes et des voyages, maître des gains et du commerce ; les historiens reconnaissent derrière ce nom une figure proche du Lug irlandais. Tacite, dans la Germanie, dit de même que les Germains adorent surtout Mercure, auquel ils offrent certains jours des victimes humaines : on y voit Odin. Ces identifications, que les Romains appelaient interpretatio, sont des parentés de fonction, non des identités.
Elles ont laissé leur marque dans la langue : le mercredi est le jour de Mercure, dies Mercurii, que les langues germaniques ont rendu par le jour de Wodan. La planète la plus rapide porte son nom, comme le métal qui fuit sous le doigt. Hermès reste son parent grec, à qui il doit ses mythes et son image ; le Mercure des marchands de l’Aventin, avec sa bourse, est bien romain.