Ces dieux

Taranis

Dieu gaulois du tonnerre et de la roue

Origines

Taranis est un dieu gaulois, connu par les auteurs antiques et par l’épigraphie, sans aucun récit qui le mette en scène. Son nom est transparent : il repose sur le mot celtique taran, « tonnerre », que l’on retrouve tel quel en gallois et en breton, et sous la forme torann en vieil irlandais. Taranis est donc « le Tonnant », comme Zeus et Jupiter sont, en Grèce et à Rome, les maîtres de la foudre.

La mention la plus célèbre est celle du poète latin Lucain, qui, au premier chant de la Pharsale, décrit les peuples de Gaule laissés en paix par le départ de César pour la guerre civile. Il y nomme trois dieux « apaisés par un sang cruel » : Teutatès, Esus et Taranis, dont l’autel, dit-il, n’est pas plus doux que celui de la Diane des Scythes. Ce passage, unique en son genre, a fait la fortune du trio. Des gloses médiévales conservées à Berne, qui commentent Lucain à partir de sources plus anciennes, ajoutent que les victimes de Taranis étaient brûlées dans une cuve de bois et l’identifient tantôt à Jupiter, tantôt à Dis Pater.

L’épigraphie confirme le nom, en le déclinant : une dédicace à Jupiter Optimus Maximus Tanarus à Chester, en Bretagne romaine, un Deus Taranucnus près de Heilbronn en Germanie, un Jupiter Taranucus à Scardona en Dalmatie, et une inscription en caractères grecs à Orgon, dans les Bouches-du-Rhône. Ces témoignages, dispersés de l’Angleterre à l’Adriatique, montrent un dieu connu de l’ensemble du monde celtique, mais peu honoré sous son nom propre.

Attributs et symboles

Son attribut est la roue. La Gaule romaine a produit de nombreuses figures d’un dieu barbu, mûr, qui tient d’une main une roue à rayons et de l’autre le foudre, telle la statuette de bronze du Châtelet, en Haute-Marne. Des roues miniatures en bronze ou en plomb, portées en pendentif ou déposées dans les sanctuaires et les tombes, sont trouvées par milliers. Les chercheurs hésitent sur leur sens : roue du char du tonnerre, disque solaire, ou les deux à la fois ; Miranda Green penche pour un symbole du ciel et du soleil.

Sur le chaudron de Gundestrup, une plaque montre un dieu barbu tenant une roue avec l’aide d’un personnage plus petit ; on y reconnaît d’ordinaire Taranis, sans que le vase, muet, permette de l’affirmer. Dans les provinces rhénanes et dans l’est de la Gaule, les colonnes dites « de Jupiter » des IIe et IIIe siècles portent au sommet un cavalier terrassant un géant à queue de serpent, souvent muni d’une roue : une image romaine investie d’un contenu gaulois.

Mythes principaux

Aucun mythe de Taranis n’a survécu. Les seuls éléments narratifs sont les allusions de Lucain aux sacrifices humains, que les historiens lisent avec prudence : le poète cherche à peindre une Gaule barbare, et ses commentateurs médiévaux ne sont pas mieux informés que lui. Les fouilles de sanctuaires comme Gournay-sur-Aronde ou Ribemont-sur-Ancre, dans la Somme, dirigées ou étudiées par Jean-Louis Brunaux, ont révélé des dépôts massifs d’armes et d’ossements d’animaux et d’hommes, mais rien qui permette de les attribuer à un dieu précis.

Le silence des textes irlandais et gallois est complet : aucun dieu du tonnerre comparable n’y apparaît sous ce nom, ce qui interdit de compléter le portrait gaulois par les récits insulaires, comme on le fait pour Lug ou Ogmios.

Culte et postérité

Sous l’Empire, Taranis a été absorbé par Jupiter, dont il partageait le domaine céleste. César, qui ne nomme aucun dieu gaulois, écrit dans la Guerre des Gaules que les Gaulois ont un Jupiter qui « tient l’empire du ciel » ; il est probable que Taranis se cache derrière cette formule. Le culte s’est fondu dans celui du Jupiter romain, jusqu’à disparaître avec le paganisme.

La roue est restée un motif de l’art gallo-romain, puis des traditions populaires. Quant au trio de Lucain, il a marqué durablement l’image que l’Europe se fait des Gaulois, jusque dans la bande dessinée, où les jurons « par Toutatis » et « par Bélénos » côtoient les invocations au ciel qui menace de tomber sur la tête.

Figures apparentées dans d’autres panthéons

  • Jupiter — Dieu souverain du ciel, de la foudre et du serment (Mythologie romaine)

Pour aller plus loin

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Sources

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