Ces dieux

Jupiter

Dieu souverain du ciel, de la foudre et du serment

Origines

Le nom de Jupiter est l’un des plus anciens de la religion romaine. Il vient d’un composé indo-européen signifiant « Ciel-Père », le même qui a donné Zeus chez les Grecs et Dyaus Pitar dans le Rig-Veda ; la forme Diespiter, encore attestée chez les auteurs latins, en garde la trace. Jupiter est d’abord le ciel lumineux, celui du jour, et par là le dieu du temps qu’il fait, de l’éclair et du tonnerre.

Dans la Rome des rois, il forme avec Mars et Quirinus la triade servie par les trois grands flamines. Georges Dumézil a vu dans cette triade archaïque l’héritage d’une structure indo-européenne où Jupiter tient la première place, celle de la souveraineté. À la fin du VIe siècle avant notre ère, une seconde triade, d’inspiration étrusque, l’associe à Junon et à Minerve dans le grand temple du Capitole, dédié selon Tite-Live en 509, l’année de la fondation de la République. Jupiter y est Optimus Maximus, « le Meilleur et le Plus Grand », dieu de l’État romain.

Attributs et symboles

La foudre est son instrument et son signe : les lieux frappés par l’éclair lui sont consacrés, et les Romains distinguaient les foudres de jour, qui venaient de Jupiter, des foudres de nuit, attribuées à Summanus. L’aigle est son oiseau, le chêne son arbre. Sa statue de terre cuite du Capitole, œuvre d’un artiste étrusque, avait le visage peint en rouge les jours de fête ; le général qui célébrait un triomphe se peignait de même, portait la tunique du dieu et montait au Capitole lui offrir sa victoire.

Jupiter garantit les serments. On jurait « par Jupiter Pierre », en tenant un silex, et le fétial qui concluait un traité frappait un porc d’une pierre en demandant au dieu de frapper ainsi le peuple romain s’il manquait à sa parole. Ses épithètes disent ses fonctions : Feretrius, à qui Romulus consacra les armes prises au roi ennemi ; Stator, « qui arrête la fuite », invoqué pendant la bataille contre les Sabins ; Fulgur et Tonans, pour l’éclair et le tonnerre ; Latiaris, honoré sur le mont Albain par toutes les cités latines.

Mythes principaux

Rome n’a pas donné à Jupiter les aventures amoureuses de Zeus ; ce qu’elle racontait de lui se mêle à l’histoire de la Ville. Tite-Live montre Romulus vouant un temple à Jupiter Stator au milieu de la déroute, puis consacrant à Jupiter Feretrius le premier temple élevé à Rome.

Ovide, dans les Fastes, raconte comment le roi Numa, conseillé par la nymphe Égérie, captura les dieux Picus et Faunus pour apprendre d’eux le moyen de faire descendre Jupiter. Le dieu, apparu sur l’Aventin, exigea une tête pour détourner la foudre ; Numa, par des réponses habiles, obtint qu’il se contente d’une tête d’oignon, de cheveux et d’un petit poisson, et écarta ainsi le sacrifice humain. En gage, Jupiter fit tomber du ciel un bouclier, l’ancile, que les prêtres Saliens gardèrent depuis.

Dans l’Énéide, Jupiter promet à Vénus que les descendants d’Énée fonderont Rome et qu’il leur a donné « un empire sans fin ». C’est le mythe fondateur de la Rome impériale : la volonté du dieu souverain, inscrite dans les destins.

Culte et postérité

Le flamine de Jupiter, le flamen Dialis, était le prêtre le plus chargé d’interdits de Rome : il ne pouvait monter à cheval, voir une armée en armes, porter un nœud ni passer une nuit hors de la Ville. Les Ides de chaque mois appartenaient à Jupiter et l’on y sacrifiait une brebis blanche ; aux Ides de septembre, au cœur des Grands Jeux, se tenait le banquet du dieu, l’epulum Iovis. Les Vinalia d’avril et d’août lui rapportaient le vin nouveau, et le flamine inaugurait lui-même les vendanges.

Le temple capitolin, plusieurs fois incendié et reconstruit, resta jusqu’à la fin de l’Antiquité le cœur religieux de Rome : les consuls y sacrifiaient à leur entrée en charge, et de nombreuses colonies de l’Empire élevèrent leur propre Capitole. Le jour de Jupiter, dies Iovis, est devenu notre jeudi, et la plus grosse planète porte son nom. Les Gaulois et les Germains ont vu en lui leur dieu du tonnerre, Taranis ou Thor : parentés de fonction, non identités.

Figures apparentées dans d’autres panthéons

  • Taranis — Dieu gaulois du tonnerre et de la roue (Mythologie celtique)
  • Zeus — Roi des dieux, maître du ciel et de la foudre (Mythologie grecque)
  • Thor — Dieu du tonnerre, protecteur des dieux et des hommes (Mythologie nordique)

Pour aller plus loin

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Sources

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