Ces dieux

Chang’e

Dame de la Lune, qui but l’élixir d’immortalité

Parler avec Chang’e

Origines

L’histoire de Chang’e est attestée dès l’Antiquité. Le Huainanzi, compilé au IIe siècle avant notre ère, la résume en une phrase : Yi demanda à la Reine Mère d’Occident la drogue qui empêche de mourir, et Heng’e la déroba pour s’enfuir sur la lune. Des fragments d’un ancien livre de divination, le Guicang, connaissaient déjà le récit.

Heng’e est la forme ancienne de son nom. Le caractère heng figurait dans le nom personnel de l’empereur Wen des Han et devint de ce fait interdit d’usage ; on lui substitua chang, de sens voisin, et la forme Chang’e s’est imposée. Anne Birrell et Rémi Mathieu soulignent que le texte ancien ne juge pas son geste : c’est la tradition postérieure qui en a fait tantôt une épouse infidèle, tantôt une femme dévouée.

Attributs et symboles

Chang’e est représentée comme une belle jeune femme aux longues manches flottantes, qui s’élève vers la pleine lune ou se tient devant un palais lunaire, le palais du Vaste Froid. Elle tient souvent dans ses bras un lièvre blanc.

Ses compagnons sont ceux que la tradition chinoise voit dans les taches de la lune. Le crapaud y figure dès l’art funéraire des Han ; le lièvre, qui pile dans un mortier la drogue d’immortalité, lui est associé de la même époque. Un cannelier y pousse, qu’un homme nommé Wu Gang, puni pour une faute, tente d’abattre sans fin, car l’entaille se referme à chaque coup de hache.

Mythes principaux

Le récit se rattache à celui de l’archer Yi. Dix soleils parurent un jour ensemble dans le ciel, brûlant les moissons ; Yi en abattit neuf de ses flèches et délivra la terre de plusieurs monstres. Il obtint ensuite de la Reine Mère d’Occident l’élixir qui préserve de la mort. Chang’e, sa femme, le prit en secret, l’avala et, devenue légère, s’envola jusqu’à la lune.

Un texte de l’astronome Zhang Heng, au IIe siècle de notre ère, précise qu’elle consulta d’abord un devin, qui lui prédit un voyage heureux, et qu’une fois sur la lune elle fut changée en crapaud. Les poètes ont retenu sa solitude. Li Shangyin, au IXe siècle, imagine qu’elle regrette d’avoir volé l’élixir, seule nuit après nuit entre la mer d’émeraude et le ciel d’azur.

Une version répandue aujourd’hui la disculpe. Un disciple de Yi, Feng Meng, profite de l’absence de son maître pour exiger l’élixir ; plutôt que de le lui céder, Chang’e l’avale et monte au ciel. Elle choisit la lune, l’astre le plus proche, pour rester près de son mari, qui dispose chaque année des offrandes dans le jardin à la pleine lune du huitième mois.

Culte et postérité

Chang’e est honorée à la fête de la Mi-Automne, le quinzième jour du huitième mois lunaire, l’une des grandes fêtes du calendrier chinois. Ce soir-là, les familles se réunissent, contemplent la lune et partagent des gâteaux de lune. Lihui Yang et Deming An rappellent l’usage de dresser dehors une table d’offrandes tournée vers l’astre, avec des fruits, des gâteaux et de l’encens ; ce sont traditionnellement les femmes qui adressent leurs prières à la dame de la Lune. Le taoïsme l’assimile à la Souveraine de l’astre du Grand Yin, divinité de la lune, présente dans certains temples.

Sa figure traverse la poésie, la peinture, l’opéra et le cinéma. Le programme chinois d’exploration lunaire porte son nom depuis la première sonde Chang’e, lancée en 2007, et ses véhicules d’exploration s’appellent Yutu, « Lièvre de jade ». La fête se célèbre aussi à Taïwan, à Hong Kong et dans toute la diaspora, ainsi que, sous d’autres formes, au Vietnam et en Corée.

Sources

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