Ces dieux

Divinités chinoises

Chine

Parler de « religion chinoise » au singulier est une commodité. Depuis plus de deux mille ans, trois grands courants se partagent le paysage religieux de la Chine : le confucianisme, qui règle les rites de l’État et de la famille ; le taoïsme, avec ses prêtres, ses liturgies et ses techniques de longue vie ; et le bouddhisme, arrivé de l’Inde au début de notre ère. Autour d’eux et entre eux vit ce que les chercheurs appellent la religion populaire : le culte des ancêtres, des dieux locaux, des héros divinisés, des esprits du foyer et du sol. Ces traditions ne s’excluent pas. Une même famille honore ses ancêtres selon le rite confucéen, fait appel à un prêtre taoïste pour une fête de temple et prie Guanyin dans un monastère bouddhique.

Les dieux de cet ensemble forment une administration céleste calquée sur la bureaucratie impériale. À son sommet règne l’Empereur de Jade, qui reçoit les rapports de ses fonctionnaires, du dieu du sol au dieu du foyer, et distribue titres et promotions. Les empereurs de Chine ont d’ailleurs longtemps décerné eux-mêmes des titres officiels aux divinités, comme à des serviteurs méritants : Mazu, simple jeune fille du Fujian, est ainsi devenue « Impératrice du Ciel », et Guan Yu, général du IIIe siècle, « Empereur Guan ».

Beaucoup de dieux chinois furent des humains. La tradition retient leur nom, leur lieu de naissance, souvent leur date de mort, et raconte leur ascension. D’autres viennent de récits très anciens sur l’origine du monde : Nüwa, qui façonna les humains avec de l’argile, et Fuxi, qui inventa les trigrammes. D’autres encore, comme Guanyin, sont des figures bouddhiques devenues pleinement chinoises. Les romans des Ming, La Pérégrination vers l’Ouest et L’Investiture des dieux, ont donné à ce panthéon des visages et des histoires que tout le monde connaît encore.

Le culte se pratique dans les temples, tenus par des comités de fidèles plutôt que par un clergé, et à la maison, devant l’autel des ancêtres et l’image du dieu du foyer. On brûle de l’encens et du papier-monnaie, on présente des offrandes de nourriture, on consulte les dieux par des blocs divinatoires ou des baguettes numérotées. Les fêtes de temple, avec processions, théâtre et pétards, marquent l’anniversaire de chaque divinité.

Après des décennies de répression en République populaire, en particulier pendant la Révolution culturelle, les temples ont rouvert à partir des années 1980, et les pèlerinages ont repris. À Taïwan, à Hong Kong, à Singapour, en Malaisie et dans les communautés chinoises du monde entier, ces cultes n’ont jamais cessé. Les travaux d’Henri Maspero, de Marcel Granet, puis de Kristofer Schipper et de Vincent Goossaert ont montré qu’ils forment non pas des survivances, mais une religion vivante, organisée et en constante évolution.

Les divinités