Erlang Shen
Dieu guerrier au troisième œil, dompteur des eaux
Origines
Erlang Shen, « le dieu Second Fils », vient du Sichuan. Son culte est né à Guankou, sur le fleuve Min, là où l’ingénieur Li Bing, gouverneur de la région pour l’État de Qin au IIIe siècle avant notre ère, fit construire le système d’irrigation de Dujiangyan, qui fonctionne encore aujourd’hui. Sima Qian rapporte l’ouvrage de Li Bing ; les traditions locales y ajoutèrent un fils, le « second fils », qui aurait aidé son père à dompter le fleuve et tué le dragon des crues. Le temple des Deux Rois, à Dujiangyan, honore toujours le père et le fils.
D’autres identifications se sont superposées à celle-ci. Un fonctionnaire des Sui, Zhao Yu, à qui l’on prête aussi la mise à mort d’un dragon, fut honoré sous le même nom, et c’est à lui que se rattache le titre de « Seigneur véritable de la Source pure et de la Voie merveilleuse ». Les romans des Ming ont enfin fixé le personnage sous le nom de Yang Jian, neveu de l’Empereur de Jade. Henri Maspero a décrit cette accumulation de figures comme typique de la formation des dieux chinois.
Attributs et symboles
Erlang Shen se reconnaît à l’œil vertical qui s’ouvre au milieu de son front et lui permet de voir la vérité des êtres et des choses, sous quelque forme qu’ils se déguisent. Il est jeune, beau, vêtu en guerrier, et manie une lance à trois pointes et deux tranchants. Il est accompagné d’un chien céleste, capable de mordre les démons et les dieux, et d’un faucon ; les six « frères » qui le suivent forment avec lui les Sept Sages de la montagne Mei.
Il maîtrise soixante-douze transformations, autant que Sun Wukong, ce qui fait de lui le seul adversaire à sa mesure. Chasseur, guerrier, dompteur des eaux, il réunit les qualités d’un jeune héros de la tradition populaire.
Mythes principaux
Son épisode le plus fameux est son combat contre Sun Wukong dans La Pérégrination vers l’Ouest. Lorsque le singe met en déroute les armées du Ciel, Guanyin suggère de faire appel à Erlang, qui vit à Guankou et n’obéit à son oncle que sur convocation. Le duel tourne au concours de métamorphoses : le singe se change en moineau, Erlang en épervier ; en poisson, il devient cormoran ; en serpent, il devient grue. Quand Sun Wukong se transforme en temple, avec sa queue dressée en mât de drapeau derrière le bâtiment, Erlang le démasque et menace de défoncer portes et fenêtres. Le singe n’est finalement capturé que lorsque Laozi lui lance son anneau de diamant et que le chien céleste le mord au mollet.
Dans L’Investiture des dieux, Yang Jian est un disciple du mont Yuquan qui rejoint l’armée des Zhou et remporte de nombreux combats par ses transformations et son chien. La tradition populaire lui prête aussi un rôle dans l’histoire de la Lanterne du lotus : sa sœur ayant épousé un mortel, il l’emprisonne sous une montagne, jusqu’à ce que le fils de celle-ci, Chenxiang, fende le mont pour délivrer sa mère.
Culte et postérité
Erlang Shen est resté avant tout le dieu du Sichuan, où il protège contre les inondations. Au temple des Deux Rois de Dujiangyan, on lui fait des offrandes lors de la fête d’ouverture des eaux, au printemps, quand on lève les barrages pour irriguer la plaine de Chengdu. Il est honoré aussi dans le nord de la Chine, à Taïwan, et parmi les artistes de l’opéra, où son maquillage à l’œil frontal est l’un des rôles les plus prisés.
Sa figure a connu une nouvelle vie dans le théâtre, le cinéma et l’animation, où le duel avec le Roi des singes est repris de génération en génération. Pour les fidèles, il demeure le dieu qui voit tout, celui qu’on prie pour démasquer les tromperies et repousser les esprits mauvais.