Fuxi
Premier souverain, inventeur des trigrammes
Origines
Fuxi est, dans la tradition chinoise, le premier des Trois Augustes, ces souverains d’avant l’histoire à qui l’on doit les fondements de la civilisation. Le texte le plus ancien qui parle de lui en détail est le Grand Commentaire du Livre des mutations, le Yijing, composé vers la fin des Royaumes combattants ou sous les Han. On y lit que Baoxi, autre forme de son nom, régnait sur le monde ; il leva les yeux et observa les figures du ciel, les baissa et observa les modèles de la terre, examina les marques des oiseaux et des bêtes, et de tout cela tira les huit trigrammes, « pour communiquer avec la vertu des esprits lumineux et classer la nature des dix mille êtres ».
Les historiens des Han, à commencer par Sima Qian, hésitèrent à lui donner place dans les chroniques, faute de sources fiables. C’est plutôt à travers les commentaires des classiques, les textes apocryphes et l’art funéraire qu’il a pris sa figure. Marcel Granet a montré combien ces récits de souverains fondateurs reflètent les rites et l’organisation sociale de la Chine ancienne.
Attributs et symboles
Fuxi porte les huit trigrammes, ces figures de trois traits pleins ou brisés qui sont à la base du Yijing et de toute la pensée divinatoire chinoise. Selon une tradition, il les reçut du fleuve Jaune, d’où sortit un cheval-dragon portant sur son dos le « diagramme du Fleuve ».
Sur les reliefs des Han, il a un buste humain et une queue de serpent ou de dragon, entrelacée à celle de Nüwa, et tient l’équerre qui trace le carré de la Terre pendant qu’elle tient le compas du Ciel. Le Grand Commentaire lui attribue aussi l’invention des filets, pour la chasse et la pêche ; d’autres textes y ajoutent l’élevage, la cuisine des viandes, d’où son nom de Paoxi, « le sacrificateur de la cuisine », la cithare et les règles du mariage.
Mythes principaux
Dans les récits des Han, Fuxi est d’abord un souverain civilisateur : il enseigne aux hommes à pêcher, à chasser, à domestiquer les animaux et à se marier selon des règles, mettant fin à l’époque où l’on ne connaissait que sa mère. Sa mère, selon certains textes, l’aurait conçu en marchant sur l’empreinte d’un géant près d’un marais.
Le récit le plus vivant aujourd’hui est celui du déluge, que les sources écrites ne rapportent qu’assez tard, sous les Tang, mais que les traditions orales du sud de la Chine racontent abondamment. Un déluge détruit l’humanité. Seuls survivent un frère et une sœur, Fuxi et Nüwa, réfugiés dans une calebasse ou sur une montagne. Pour repeupler le monde, ils doivent s’unir, mais ils hésitent devant l’interdit ; ils interrogent le Ciel en faisant rouler deux meules du haut de deux collines, ou en allumant deux feux dont les fumées se rejoignent. Le signe est favorable, et de leur union naît l’humanité nouvelle. Anne Birrell rapproche ce récit des traditions de nombreux peuples du sud-ouest chinois.
Culte et postérité
Fuxi est honoré comme « Ancêtre de l’humanité », Renzu. Son sanctuaire le plus célèbre est le tombeau de Taihao à Huaiyang, dans le Henan, où une foire du deuxième mois lunaire, l’une des plus grandes de Chine, rassemble chaque année des foules de pèlerins qui viennent brûler de l’encens, toucher la pierre du tombeau et acheter des figurines de terre. À Tianshui, dans le Gansu, que la tradition tient pour son lieu de naissance, un temple des Ming lui est consacré et une cérémonie publique s’y tient chaque année.
Pour les devins et les praticiens du Yijing, il reste le premier des maîtres. Le taoïsme le compte parmi ses figures d’origine, et les diagrammes qu’il est censé avoir révélés ornent les temples, les boussoles géomantiques et les miroirs protecteurs des maisons. Sa figure enlacée à celle de Nüwa demeure l’une des images les plus fortes de l’art chinois ancien.