Longwang
Rois-dragons, maîtres des eaux et de la pluie
Origines
Longwang, « roi-dragon », désigne non pas un dieu, mais toute une catégorie de divinités des eaux. Deux traditions s’y rejoignent. Le dragon chinois, animal des nuages et de la pluie, est connu depuis la plus haute Antiquité : il monte au ciel au printemps, se cache dans les profondeurs à l’automne, et sa venue annonce l’averse. Le bouddhisme a apporté de l’Inde les rois des nāga, esprits serpents gardiens des eaux et des trésors, dont le nom fut traduit en chinois par « rois-dragons ».
De cette rencontre sont nés les Longwang de la religion populaire et du taoïsme. Henri Maspero les décrit comme des fonctionnaires de l’administration céleste : chaque mer, chaque fleuve, chaque lac et chaque puits a le sien, qui ne distribue la pluie que sur ordre de l’Empereur de Jade, en quantité fixée d’avance. Les empereurs leur ont décerné des titres officiels.
Attributs et symboles
Les rois-dragons ont deux apparences. Sous leur forme propre, ce sont des dragons au corps de serpent couvert d’écailles, à quatre pattes griffues, avec des cornes et de longues moustaches. Dans les temples, ils siègent le plus souvent en souverains : un corps d’homme vêtu de la robe impériale, surmonté d’une tête de dragon ou d’un visage barbu au teint sombre.
Ils habitent des palais de cristal au fond des eaux, peuplés de poissons, de crevettes et de crabes qui leur servent de ministres et de soldats, et remplis de trésors. Les quatre principaux règnent sur les quatre mers : Ao Guang à l’est, Ao Qin au sud, Ao Run à l’ouest et Ao Shun au nord.
Mythes principaux
Dans les romans des Ming, les rois-dragons sont des princes riches, mais peu redoutables. La Pérégrination vers l’Ouest montre Sun Wukong descendant chez Ao Guang pour se faire donner une arme : il emporte le pilier de fer qui servait à mesurer la profondeur des mers, puis extorque aux trois autres frères une cuirasse, une coiffe et des bottes. Dans L’Investiture des dieux, c’est l’enfant Nezha qui ébranle le palais de la mer de l’Est et tue le fils d’Ao Guang.
Le même roman du pèlerinage raconte la faute du roi-dragon de la rivière Jing. Pour faire mentir un devin qui avait prédit l’heure et la quantité exactes de la pluie du lendemain, il modifie les ordres reçus du Ciel. Condamné à mort, il supplie l’empereur Taizong des Tang de le sauver ; mais le ministre chargé de l’exécution s’endort pendant une partie d’échecs avec l’empereur et le décapite en rêve. Un fils du roi-dragon de la mer de l’Ouest, coupable d’avoir brûlé une perle du palais de son père, est changé en cheval blanc et porte le moine Xuanzang jusqu’en Inde.
Un conte des Tang, l’histoire de Liu Yi, a une autre tonalité : un lettré porte au roi-dragon du lac Dongting la lettre de sa fille, maltraitée par son mari, et finit par épouser la princesse.
Culte et postérité
Les rois-dragons sont avant tout les dieux de la pluie. Leurs temples se trouvent près des sources, des puits, des fleuves et sur les côtes, où les pêcheurs leur demandent une mer calme. Dans la Chine du Nord, sujette à la sécheresse, presque chaque village avait le sien. Lorsque la pluie manquait, les paysans portaient la statue en procession à travers les champs ; si le dieu tardait à répondre, on l’exposait parfois au soleil pour qu’il sente lui-même la chaleur. Les magistrats de l’empire venaient officiellement prier pour la pluie.
Ce culte se pratique aujourd’hui. Adam Yuet Chau a étudié, dans le nord du Shaanxi, le temple du Roi-dragon noir, reconstruit par les villageois dans les années 1980 : il attire chaque année, pour la fête du dieu, des foules venues consulter son oracle, assister à l’opéra et demander la pluie, la guérison ou la réussite. Le deuxième jour du deuxième mois lunaire, jour où « le dragon relève la tête », marque dans le Nord le retour des pluies de printemps.