Ces dieux

Nüwa

Créatrice des humains et réparatrice du Ciel

Origines

Nüwa est l’une des plus anciennes divinités de la Chine. Les textes qui la mentionnent remontent aux Royaumes combattants et aux Han : les Questions au Ciel du poète Qu Yuan demandent qui a façonné son corps, le Classique des monts et des mers rapporte que ses entrailles se transformèrent en dix esprits, et le Huainanzi, compilé au IIe siècle avant notre ère à la cour du prince Liu An, raconte comment elle sauva le monde. Anne Birrell, qui a rassemblé et traduit ces sources, souligne qu’elles sont fragmentaires et parfois contradictoires : la tradition chinoise n’a jamais fixé un récit unique de la création.

Nüwa est souvent associée à Fuxi, tantôt comme sa sœur, tantôt comme son épouse, tantôt les deux. Les lettrés des Han l’ont placée parmi les Trois Augustes, souverains d’avant l’histoire, mais elle reste avant tout une figure de mère et d’artisane.

Attributs et symboles

Sur les reliefs des tombes des Han et sur les peintures des sépultures de Turfan, Nüwa apparaît avec un buste de femme et une queue de serpent, enlacée à celle de Fuxi. Elle tient un compas, lui une équerre : ensemble ils mesurent le rond du Ciel et le carré de la Terre. Ce sont les outils de l’ordre du monde.

Les pierres de cinq couleurs qu’elle fondit pour boucher le Ciel, les pattes de la tortue géante dont elle fit les piliers de l’univers et l’orgue à bouche sheng, dont un texte ancien lui attribue l’invention, complètent son image. Des textes des Han lui attribuent aussi l’institution du mariage, ce qui fait d’elle la protectrice des unions et des naissances.

Mythes principaux

Le premier récit est celui de la création des humains, rapporté par le Fengsu tongyi d’Ying Shao, à la fin des Han. Au commencement, la terre était sans habitants. Nüwa pétrit de la terre jaune et façonna des figurines qui prirent vie. Lasse de ce travail, elle trempa une corde dans la boue et la fit tournoyer : les gouttes qui retombèrent devinrent des hommes aussi. Le texte ajoute que les riches et les nobles descendent des figurines modelées à la main, et les pauvres, des éclaboussures de la corde.

Le second, celui du Huainanzi, est la réparation du Ciel. Dans les temps anciens, les quatre piliers du monde s’effondrèrent, la terre se fendit, le ciel ne couvrait plus tout, le feu et les eaux se déchaînaient, les bêtes féroces dévoraient les hommes. Nüwa fondit des pierres de cinq couleurs pour combler la brèche du ciel, coupa les pattes d’une tortue géante pour en faire les quatre piliers, tua le dragon noir et endigua les eaux avec la cendre des roseaux. D’autres textes rattachent la catastrophe au combat de Gonggong, esprit des eaux, qui heurta de sa tête le mont Buzhou et fit pencher le ciel vers le nord-ouest.

Culte et postérité

Nüwa est moins présente que Guanyin ou Mazu dans les temples ordinaires, mais son culte est vivant dans certains lieux. Le plus important est le palais de l’Auguste Wa, Wahuang gong, à Shexian, dans le Hebei, construit à flanc de falaise : chaque année, au troisième mois lunaire, une grande foire y attire les pèlerins, dont beaucoup de femmes venues demander un enfant. À Huaiyang, dans le Henan, elle est honorée avec Fuxi lors de la foire du deuxième mois.

Dans la religion populaire, elle est Nüwa Niangniang, « Dame Nüwa », déesse des mariages et de la fécondité. Dans L’Investiture des dieux, roman du XVIe siècle, c’est elle qui, offensée par le dernier roi des Shang, envoie la renarde Daji précipiter la chute de la dynastie. Le récit de la réparation du Ciel est appris par tous les enfants chinois et reste, avec celui de la création dans l’argile, l’un des récits d’origine les plus connus du pays.

Sources

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