Pangu
Premier être, dont le corps est devenu le monde
Origines
Pangu est aujourd’hui, pour beaucoup de Chinois, celui par qui le monde a commencé. Il apparaît pourtant tard dans les textes. Les classiques de l’Antiquité ne le connaissent pas, et les récits d’origine antérieurs, comme ceux du Huainanzi, décrivent la formation du monde sans lui. Son nom se lit pour la première fois au IIIe siècle de notre ère, dans deux ouvrages attribués à Xu Zheng, lettré du royaume de Wu. Ces ouvrages sont perdus : on ne les connaît que par les citations qu’en ont faites des encyclopédies postérieures.
Cette apparition tardive et méridionale a nourri plusieurs hypothèses, que rapportent Anne Birrell et Rémi Mathieu. Certains chercheurs pensent à un récit emprunté aux populations du sud de la Chine, et rapprochent Pangu de Panhu, le chien ancêtre des Yao et des Miao ; d’autres y voient l’écho de récits indiens où le monde naît du corps d’un être primordial. Aucune de ces explications ne fait l’unanimité.
Attributs et symboles
Les textes anciens ne décrivent pas l’apparence de Pangu. L’imagerie postérieure le montre comme un homme trapu et velu, vêtu d’un pagne de feuilles, parfois coiffé de deux petites cornes. Il tient une hache et un ciseau, avec lesquels il taille le monde, ou bien porte dans ses mains le soleil et la lune.
L’œuf est son principal symbole : le chaos d’avant le monde y est comparé, et Pangu en est le germe. Sa croissance, qui écarte le ciel de la terre, fait de lui la mesure de l’univers.
Mythes principaux
Deux récits, tous deux attribués à Xu Zheng, composent son histoire. Selon le premier, le ciel et la terre étaient au commencement mêlés comme l’intérieur d’un œuf de poule, et Pangu naquit au milieu. Au bout de dix-huit mille ans, l’ensemble s’ouvrit : ce qui était clair et léger monta pour former le ciel, ce qui était trouble et lourd descendit pour former la terre. Pangu, entre les deux, se transformait neuf fois par jour. Chaque jour le ciel s’élevait d’une toise, la terre s’épaississait d’une toise et Pangu grandissait d’autant. Dix-huit mille ans passèrent encore ; le ciel fut alors extrêmement haut, la terre extrêmement profonde.
Le second récit raconte sa mort. Son souffle devint le vent et les nuages, sa voix le tonnerre, son œil gauche le soleil et son œil droit la lune. Ses membres et son tronc formèrent les quatre extrémités du monde et les cinq montagnes sacrées ; son sang, les fleuves ; ses muscles, les veines du sol ; sa chair, la terre des champs. Ses cheveux et sa barbe devinrent les étoiles, ses poils les plantes et les arbres, ses dents et ses os les métaux et les pierres, sa moelle les perles et le jade, sa sueur la pluie. Les parasites de son corps, touchés par le vent, devinrent les humains.
La tradition populaire a ensuite ajouté la hache : c’est à coups de hache que Pangu aurait fendu l’œuf du chaos.
Culte et postérité
Pangu n’est pas seulement une figure de textes. Un recueil du VIe siècle signale déjà une tombe de Pangu dans les mers du Sud et un temple à Guilin. Le taoïsme l’a intégré à ses généalogies des premiers temps. Des temples lui sont dédiés aujourd’hui dans le sud de la Chine, au Guangdong et au Guangxi, ainsi que dans le Henan, où Lihui Yang et Deming An décrivent le pèlerinage du mont Pangu, à Tongbai : les fidèles y viennent au troisième mois lunaire lui demander des enfants, la santé et de bonnes récoltes, et le tiennent pour l’ancêtre de tous.
L’expression « depuis que Pangu a ouvert le ciel et la terre » appartient à la langue courante et signifie « depuis toujours ». Les manuels scolaires, les livres pour enfants et l’imagerie populaire ont fait de son récit l’histoire chinoise des commencements, à côté de celle de Nüwa, qui façonne les humains et répare le ciel.