Ces dieux

Shennong

Divin Laboureur, père de l’agriculture et des remèdes

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Origines

Shennong, « le Divin Laboureur », appartient aux souverains légendaires que la tradition chinoise place à l’origine de la civilisation. Les textes anciens ne le présentent pas comme un dieu au sens strict, mais comme un sage roi des premiers temps, à qui les humains doivent l’agriculture. Le Grand Commentaire du Yijing dit qu’il tailla le bois pour faire le soc et courba le bois pour faire le manche de l’araire, puis institua le marché de midi où chacun échangeait ses biens. À l’époque des Royaumes combattants, une école de pensée se réclamait de lui et soutenait que le prince devait labourer avec son peuple.

Sous les Han, Shennong a été identifié à Yandi, « l’Empereur de la Flamme », souverain associé au feu et au Sud. Anne Birrell rappelle que les deux figures étaient distinctes à l’origine et que leur fusion relève du travail des historiens anciens, qui ont rangé les héros en une suite ordonnée de règnes.

Attributs et symboles

L’imagerie montre Shennong comme un homme robuste, vêtu de feuilles, le front surmonté de deux petites cornes : une tradition lui donne une tête de bœuf sur un corps d’homme, ce qui le lie à l’animal du labour. Il porte à la bouche une tige ou tient une poignée d’herbes, parfois un épi.

Des récits postérieurs lui prêtent un fouet rouge avec lequel il frappait les plantes pour en connaître les vertus, et un ventre transparent qui lui permettait d’observer l’effet de chacune sur ses organes.

Mythes principaux

Le récit fondateur se lit dans le Huainanzi, compilé au IIe siècle avant notre ère. Autrefois, dit le texte, les humains mangeaient des herbes et buvaient de l’eau, cueillaient les fruits des arbres et se nourrissaient de coquillages ; ils souffraient souvent de maladies et d’empoisonnements. Shennong leur apprit alors à semer les cinq céréales et à juger de la qualité des terres. Il goûta la saveur des cent plantes et l’eau des sources, pour que le peuple sache ce qu’il fallait éviter et ce qu’il pouvait prendre ; en un seul jour, il rencontra soixante-dix poisons.

C’est à ce titre que le plus ancien traité chinois de pharmacopée porte son nom. Le Classique de la matière médicale du Divin Laboureur, compilé sous les Han, classe trois cent soixante-cinq substances en trois catégories, des drogues qui nourrissent la vie aux remèdes puissants à manier avec prudence. L’attribution est une manière d’honorer le patron du savoir, non une indication d’auteur.

La tradition populaire a prolongé le récit. Elle raconte que Shennong découvrit le thé, dont les feuilles le guérirent des poisons absorbés, et qu’il mourut d’avoir goûté une herbe qui lui rompit les entrailles avant qu’il ait pu prendre l’antidote.

Culte et postérité

Shennong est honoré aujourd’hui comme patron des cultivateurs, des herboristes et des praticiens de la médecine chinoise. Les pharmacies traditionnelles placent souvent son image dans leur boutique. À Taïwan, où on l’appelle l’Empereur Shennong ou l’Empereur ancestral des Cinq Céréales, de nombreux temples lui sont consacrés, et son anniversaire se fête le vingt-sixième jour du quatrième mois lunaire ; les paysans lui demandent de bonnes récoltes.

En Chine continentale, Lihui Yang et Deming An signalent les cérémonies qui lui sont rendues, sous le nom de Yandi, dans plusieurs lieux qui revendiquent sa naissance ou sa tombe, au Hunan, au Hubei et au Shaanxi. Avec Huangdi, il est tenu pour l’ancêtre du peuple chinois, que l’expression courante nomme « descendants de Yan et de Huang ». Le massif forestier de Shennongjia, dans le Hubei, porte son nom : la tradition locale dit qu’il y dressa des échelles pour cueillir les plantes des falaises.

Sources

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