Sun Wukong
Roi des singes, rebelle du Ciel devenu protecteur
Origines
Sun Wukong est d’abord un personnage de roman. Il est le héros de La Pérégrination vers l’Ouest, publiée à la fin du XVIe siècle sous les Ming et attribuée à Wu Cheng’en, qui raconte le voyage du moine Xuanzang parti chercher les écritures bouddhiques en Inde. Le roman n’a pas inventé le singe : Glen Dudbridge a montré qu’un « pèlerin singe » accompagne déjà le moine dans un récit de l’époque des Song, et que le théâtre des Yuan et des Ming connaissait le personnage avant que le roman ne lui donne sa forme définitive.
L’origine plus lointaine de la figure est discutée. Au début du XXe siècle, Hu Shi a proposé d’y voir un souvenir de Hanuman, le singe du Rāmāyaṇa, parvenu en Chine avec le bouddhisme ; Lu Xun pensait plutôt à un démon aquatique chinois à forme de singe, Wuzhiqi, enchaîné par Yu le Grand. Dudbridge, après examen des textes, juge qu’aucune des deux filiations n’est démontrée. Le rapprochement avec Hanuman reste donc une hypothèse, non un fait établi.
Attributs et symboles
Sun Wukong porte une cuirasse d’or, une coiffe à plumes de phénix et des bottes à marcher sur les nuages, arrachées aux rois-dragons. Son arme est un bâton de fer cerclé d’or qui obéit à sa volonté : il peut l’agrandir jusqu’au ciel ou le réduire à la taille d’une aiguille qu’il range dans son oreille. Il connaît soixante-douze transformations, franchit cent huit mille lieues d’une seule culbute sur son nuage et change chacun de ses poils en un double de lui-même. Ses yeux de feu aux pupilles d’or percent les déguisements des démons.
Le cercle d’or posé sur son front rappelle sa soumission : lorsque le moine récite une formule, le cercle se resserre et le singe se tord de douleur. Son nom religieux, Wukong, signifie « éveillé à la vacuité ».
Mythes principaux
Le roman le fait naître d’un œuf de pierre au sommet du mont des Fleurs et des Fruits. Devenu roi des singes, il part chercher l’immortalité auprès du patriarche Subhūti, qui lui enseigne ses pouvoirs. Il se fait remettre son bâton par le roi-dragon de la mer de l’Est, puis descend aux enfers rayer son nom du registre des morts. Pour le calmer, l’Empereur de Jade lui donne une charge de palefrenier céleste ; humilié, le singe se proclame « Grand Saint Égal du Ciel ». Chargé du verger des pêches d’immortalité, il les dévore, vide le vin du banquet de la Reine Mère d’Occident et avale les pilules d’élixir de Laozi.
Les armées célestes échouent à le prendre ; seul Erlang Shen le capture. Enfermé dans le fourneau de Laozi, il en sort plus fort. Le Bouddha parie alors qu’il ne pourra sortir de sa paume, gagne, et l’emprisonne sous une montagne pendant cinq cents ans. Délivré par Xuanzang, il devient son disciple, le défend contre les démons tout au long de quatre-vingt-une épreuves et reçoit à la fin le titre de « Bouddha victorieux au combat ».
Culte et postérité
Le personnage littéraire est devenu un dieu. Des temples dédiés au Grand Saint Égal du Ciel existent au Fujian, à Taïwan, à Hong Kong, à Singapour et en Malaisie. Alan Elliott a décrit, à Singapour, les séances où le Grand Saint descend dans le corps d’un médium, qui prend alors les gestes du singe, pour soigner les malades et répondre aux questions des fidèles. Ceux-ci le prient surtout pour chasser les esprits mauvais et protéger les enfants ; sa fête est célébrée au huitième mois lunaire.
Hors des temples, Sun Wukong est l’une des figures les plus connues du monde chinois. L’opéra de Pékin lui réserve un rôle acrobatique à part entière, et le cinéma, l’animation, la bande dessinée et le jeu vidéo ne cessent de reprendre ses aventures, en Chine comme au Japon. Les fidèles voient en lui un protecteur puissant ; les lecteurs, l’image d’une énergie indocile que la quête religieuse finit par discipliner.