Xiwangmu
Reine Mère de l’Occident, souveraine des immortels
Origines
Xiwangmu, la Reine Mère de l’Occident, est l’une des divinités chinoises dont on peut suivre le plus longtemps l’histoire. Le Classique des monts et des mers, compilé entre les Royaumes combattants et les Han, la décrit sous une forme sauvage : elle a figure humaine, mais une queue de léopard et des dents de tigre ; elle siffle, porte sur sa chevelure en désordre la coiffe dite sheng, et règne sur les fléaux et les châtiments célestes depuis le mont de Jade, à l’extrême ouest. Le Voyage du roi Mu, récit du IVe siècle avant notre ère, la montre déjà humanisée : le roi Mu des Zhou lui rend visite, échange avec elle des poèmes et des présents près de l’Étang de jade.
Sous les Han, elle devient la grande dispensatrice d’immortalité. En l’an 3 avant notre ère, les annales rapportent qu’un mouvement populaire traversa l’empire : des foules couraient de province en province en se passant des jetons de la Reine Mère, persuadées qu’elle allait venir. Son image envahit alors les tombes et les miroirs de bronze.
Attributs et symboles
Son attribut le plus ancien est la coiffe sheng, sorte de barrette qui la fait reconnaître sur les reliefs des Han. Elle est assise sur le mont Kunlun, axe du monde, au bord de l’Étang de jade. Trois oiseaux bleus lui apportent sa nourriture et lui servent de messagers ; un lièvre et un crapaud, un renard à neuf queues et le corbeau à trois pattes du soleil l’entourent parfois, signes de la longue vie.
Dans ses jardins poussent les pêchers d’immortalité, qui fleurissent tous les trois mille ans et dont les fruits confèrent la vie éternelle. Suzanne Cahill a montré comment les poètes des Tang ont fait d’elle une figure de la passion divine et de la rencontre entre les mortels et les immortelles.
Mythes principaux
Le plus célèbre récit qui la concerne sous les Han est sa visite à l’empereur Wu. Dans le Récit intime de l’empereur Wu des Han, elle descend du ciel, la nuit du septième jour du septième mois, escortée de ses immortelles, offre à l’empereur sept pêches et lui enseigne les voies de la longue vie. Mais l’empereur, trop attaché aux plaisirs et à la guerre, se montre indigne de son enseignement, et elle repart.
Dans La Pérégrination vers l’Ouest, c’est elle qui organise le banquet des pêches, auquel tous les immortels sont conviés. Sun Wukong, nommé gardien du verger par l’Empereur de Jade, découvre qu’il n’est pas invité ; il dévore les pêches mûres, vide les jarres de vin du banquet et avale les pilules d’immortalité de Laozi, ce qui déclenche sa guerre contre le Ciel. Un autre récit, celui de la Tisserande et du Bouvier, fait d’elle, dans certaines versions, la mère ou l’aïeule sévère qui trace de son épingle à cheveux la Voie lactée pour séparer les deux amants.
Culte et postérité
Le taoïsme a fait de Xiwangmu la souveraine de toutes les immortelles et la mère des adeptes qui cherchent la Voie ; les textes de l’école du Shangqing, au IVe siècle, la présentent comme l’instructrice des grands maîtres. Dans la religion populaire, elle est Wangmu Niangniang, « Dame Reine Mère », dont on fête l’anniversaire le troisième jour du troisième mois lunaire. Son image est liée à la longévité, et les pêches qui sont offertes aux anciens le jour de leur anniversaire, réelles ou en pâte de riz, rappellent son verger.
À Taïwan, des mouvements religieux nés au XXe siècle l’honorent sous le nom de Yaochi Jinmu, « Mère d’or de l’Étang de jade », dans des temples qui reçoivent des dizaines de milliers de fidèles. Les chercheurs distinguent cette figure moderne, mère universelle et salvatrice, de la reine à dents de tigre du Classique des monts et des mers ; mais pour les fidèles, c’est une seule et même déesse.