Ces dieux

Zao Jun

Dieu du foyer, rapporteur des conduites au Ciel

Origines

Le culte du foyer est l’un des plus anciens de la Chine. Le Livre des rites compte le fourneau parmi les cinq sacrifices domestiques que chaque maison doit accomplir dans l’année. Sima Qian rapporte que le magicien Li Shaojun persuada l’empereur Wu des Han, au IIe siècle avant notre ère, de sacrifier au dieu du fourneau pour obtenir l’immortalité. Marcel Granet voyait dans ce culte le prolongement de la religion paysanne, où le feu de la maison est le centre de la vie familiale.

Le rôle de rapporteur, qui définit Zao Jun aujourd’hui, est attesté dès le IVe siècle. Ge Hong, dans le Baopuzi, écrit que le dieu du fourneau monte au Ciel la dernière nuit de chaque mois pour dénoncer les fautes des gens de la maison, et que chaque faute retranche des jours ou des années à leur vie. C’est pourquoi on l’appelle aussi Siming, « Directeur des destinées ». Henri Maspero a décrit en détail cette figure de fonctionnaire domestique, le plus modeste des agents de l’administration céleste, et pourtant le plus proche des hommes.

Attributs et symboles

Zao Jun n’a pas de statue : il est présent sous la forme d’une image imprimée sur papier, collée au-dessus du fourneau ou dans une niche de la cuisine. Elle le montre en robe de mandarin, souvent accompagné de son épouse, entouré du calendrier de l’année et des signes de bonheur. De part et d’autre, un couplet résume ce qu’on attend de lui : « Monté au Ciel, dis les bonnes choses ; redescendu ici-bas, apporte la paix. »

Ses offrandes caractéristiques sont les sucreries collantes, faites de malt ou de sucre de riz, qu’on lui présente au moment de son départ ; le cheval de papier qui lui sert de monture ; et l’encens quotidien. Il est tout à la fois le gardien de la maison, le témoin de tout ce qui s’y fait et l’intermédiaire entre la famille et le Ciel.

Mythes principaux

Les récits populaires expliquent de plusieurs façons comment un homme est devenu le dieu du foyer. Le plus répandu raconte l’histoire d’un certain Zhang, homme aisé qui répudia sa bonne épouse pour une femme plus jeune. La nouvelle venue dilapida sa fortune et l’abandonna ; ruiné, devenu aveugle, il mendia de porte en porte jusqu’au jour où, sans le savoir, il fut accueilli et nourri par sa première femme. Lorsqu’il la reconnut à sa voix, la honte le saisit et il se jeta dans le fourneau, où il périt. L’Empereur de Jade, touché par son repentir, le nomma dieu du foyer, chargé de veiller sur toutes les cuisines. Les versions diffèrent sur les noms et les détails, mais toutes font de lui un homme qui a connu la faute et le pardon.

D’autres récits font remonter son origine plus haut : des textes anciens identifient le dieu du fourneau à l’esprit du feu Zhurong, ou à une femme en robe rouge qui présidait à la cuisine.

Culte et postérité

Le culte de Zao Jun rythme la fin de l’année. Le vingt-troisième jour du douzième mois lunaire dans le nord de la Chine, le vingt-quatrième dans le sud, la famille « envoie le dieu du foyer » : on lui offre des sucreries pour que ses paroles soient douces, ou pour lui coller les dents, on enduit parfois sa bouche de miel, puis on brûle son image avec le cheval de papier et l’argent du voyage, dans le bruit des pétards. La maison reste sans dieu pendant une semaine, temps du grand ménage. Le soir du Nouvel An ou le quatrième jour de l’année nouvelle, on colle une image neuve et l’on « accueille le dieu du foyer » de retour du Ciel.

Ce rite se pratique encore dans les campagnes chinoises, à Taïwan, à Hong Kong et dans la diaspora, même si les cuisines modernes ont remplacé le fourneau de briques par une cuisinière. Il inaugure la période des fêtes du Nouvel An, et l’expression « petit Nouvel An » désigne, dans le nord, ce jour du départ de Zao Jun.

Pour aller plus loin

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Sources

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