Ces dieux

Zhong Kui

Pourfendeur de démons, gardien des maisons

Parler avec Zhong Kui

Origines

Zhong Kui est une figure du culte quotidien, connue par une image plus que par un temple. Le récit qui fonde sa légende est rapporté au XIe siècle par le lettré Shen Kuo, qui dit l’avoir lu dans l’inscription d’une peinture conservée au palais. L’empereur Xuanzong des Tang, au VIIIe siècle, y est le témoin de sa première apparition.

L’usage est toutefois plus ancien que ce récit. Des lettres de remerciement écrites par des fonctionnaires des Tang montrent que l’empereur offrait à ses ministres, pour le Nouvel An, une image de Zhong Kui avec le calendrier. Des érudits chinois ont relevé depuis longtemps que le nom se prononce comme un mot ancien, zhongkui, qui désignait un maillet, instrument servant à chasser les mauvais esprits. Selon cette explication, le personnage et son histoire seraient nés d’un objet rituel dont on avait oublié le sens.

Attributs et symboles

Zhong Kui a un visage effrayant : teint sombre, yeux ronds, barbe en broussaille. Il porte le bonnet et la robe d’un lettré, des bottes, et brandit une épée. Des démons domptés l’accompagnent, qui portent son parasol, son épée ou sa jarre de vin.

Une chauve-souris vole souvent devant lui. Son nom chinois se prononce comme le mot « bonheur », et l’image signifie que Zhong Kui fait venir le bonheur en même temps qu’il écarte le mal. Les images peintes à l’encre rouge, couleur qui repousse les esprits, sont tenues pour les plus efficaces. Stephen Little a montré la place de ce sujet dans la peinture chinoise, où les artistes lettrés l’ont traité tantôt avec gravité, tantôt avec humour.

Mythes principaux

Selon Shen Kuo, l’empereur Xuanzong, souffrant d’une fièvre que ses médecins ne parvenaient pas à guérir, fit un rêve. Un petit démon lui dérobait le sachet de parfum de sa favorite et sa flûte de jade, et courait autour de la salle. Un grand démon parut alors, coiffé d’un bonnet, vêtu d’une robe bleue ; il saisit le petit, lui arracha un œil et le dévora. Interrogé, il répondit qu’il s’appelait Zhong Kui, qu’il avait échoué aux examens et s’était tué de honte en se brisant la tête contre les marches du palais. L’empereur d’alors lui ayant accordé des funérailles honorables, il avait fait le vœu de débarrasser le monde des démons. Xuanzong s’éveilla guéri et fit peindre son sauveur par Wu Daozi, le plus grand peintre de l’époque.

Les versions postérieures ajoutent que Zhong Kui avait réussi l’examen, mais que l’empereur, rebuté par sa laideur, lui avait refusé le premier rang.

Un autre épisode, cher au théâtre et aux peintres, le montre mariant sa sœur. Revenu du monde des morts, il la conduit en cortège, avec ses démons pour porteurs, chez l’ami qui avait pris soin de sa sépulture.

Culte et postérité

L’image de Zhong Kui se colle aux portes ou se suspend dans la maison. On la plaçait jadis au Nouvel An ; depuis les Ming et les Qing, on l’expose surtout le cinquième jour du cinquième mois lunaire, à la fête du Double Cinq, moment de l’année tenu pour propice aux maladies et aux influences néfastes. Henri Doré a recueilli au début du XXe siècle les images populaires et les usages qui s’y rattachent. La pratique se poursuit en Chine, à Taïwan et dans la diaspora.

À Taïwan, Zhong Kui est aussi le personnage d’un rite d’exorcisme. Un acteur ou un prêtre taoïste, costumé et maquillé à son image, exécute une danse pour purifier un théâtre neuf, un temple ou le lieu d’une mort violente ; les spectateurs s’en tiennent à distance. La figure est passée au Japon sous le nom de Shōki, dont l’image protège les garçons et les toits des maisons. L’opéra chinois lui consacre plusieurs pièces.

Sources

L’infolettre de Ces dieux

Les nouvelles fiches et les nouveautés du chat avec les dieux.

En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir par courriel les nouvelles de Ces dieux, envoyées par Milotche Media, Montréal (Québec), [email protected]. Vous pouvez vous désinscrire en tout temps grâce au lien présent dans chaque courriel.