Geb
Dieu de la terre, père d’Osiris et premier roi divin
Origines
Geb est la terre. Fils de Shou, l’air, et de Tefnout, il appartient à la troisième génération de l’Ennéade d’Héliopolis ; il est le frère et l’époux de Nout, le ciel, et le père d’Osiris, d’Isis, de Seth et de Nephthys. L’Égypte fait ainsi de la terre un dieu masculin, quand les Grecs et bien d’autres peuples y voient une mère.
Geb est attesté dès les Textes des pyramides, où il porte le titre de « prince héréditaire des dieux ». Il est en effet le maillon par lequel la royauté passe du créateur aux hommes : il la reçoit de son père et la lègue à Osiris, puis à Horus. Le trône du pharaon est appelé « le trône de Geb ».
Attributs et symboles
Dans les scènes qui figurent le monde, Geb est un homme couché à terre, appuyé sur un coude, un genou relevé, sous le corps arqué de Nout que Shou soulève. Sa chair est parfois verte ou couverte de plantes, car la végétation pousse sur son dos. Ailleurs, c’est un homme debout coiffé de la couronne rouge de Basse-Égypte ou d’une oie, l’oiseau dont l’image sert à écrire son nom.
Champollion a relevé ce nom écrit avec l’oie et la jambe ; il le lisait « Seb » ou « Sev », lecture qui a eu cours pendant tout le XIXe siècle avant d’être corrigée en Geb.
Mythes principaux
Le mythe de Geb est d’abord celui de la séparation : uni à Nout, il en est écarté par Shou, et le monde tient dans l’intervalle. La terre a aussi un visage inquiétant. Dans les Textes des pyramides, elle retient les morts, et l’on souhaite au roi que Geb ouvre ses mâchoires pour le laisser monter au ciel. Les serpents, qui vivent dans le sol, relèvent de lui : dans le Livre de la Vache du Ciel, Rê, avant de quitter la terre, le charge de les surveiller.
Son rôle principal est celui d’arbitre. La théologie memphite, gravée sur la stèle de Shabaka, raconte qu’il sépare Horus et Seth en donnant à l’un la Basse-Égypte, à l’autre la Haute-Égypte, puis qu’il se ravise et remet tout l’héritage à Horus, le fils de son fils aîné. Les Textes des pyramides le montrent déjà présidant le tribunal des dieux qui donne raison à Osiris contre Seth. Erik Hornung relève que les dieux égyptiens ont une histoire, avec des règnes qui se succèdent ; Geb y occupe une place fixe, entre Shou et Osiris.
Plutarque, qui écrit pour des Grecs, appelle Geb « Cronos » : c’est l’amant secret de Rhéa, c’est-à-dire Nout, et le père des cinq dieux nés pendant les jours ajoutés à l’année.
Culte et postérité
Geb n’a pas eu de grand temple qui lui soit propre ; il est honoré à Héliopolis avec le reste de l’Ennéade, et présent dans les rites royaux et funéraires. Lors du couronnement, le roi est proclamé héritier de Geb. Des formules magiques l’invoquent contre le venin, puisque les serpents lui obéissent.
Les Grecs l’ont rapproché de Cronos, père de la génération des dieux régnants, plutôt que de Gaia. Le prêtre égyptien Manéthon, qui écrit en grec au IIIe siècle avant notre ère, place un Cronos parmi les dieux qui régnèrent sur l’Égypte avant Osiris, comme le notait Champollion. Celui-ci en tirait un « Saturne égyptien », dieu du temps, confondu en partie avec le crocodile Sobek et appuyé sur une étymologie copte ; cette construction est abandonnée. Geb demeure, dans les études modernes, la terre vivante d’où sortent les moissons et le garant de la succession légitime des rois.
Figures apparentées dans d’autres panthéons
- Cronos — Titan, père de Zeus et roi de l’âge d’or (Mythologie grecque)