Cronos
Titan, père de Zeus et roi de l’âge d’or
Origines
Cronos est le dernier né des Titans, les enfants de Gaïa, la Terre, et d’Ouranos, le Ciel. La Théogonie d’Hésiode, notre source principale, le qualifie de dieu « aux pensées retorses ». Il épouse sa sœur Rhéa, qui lui donne Hestia, Déméter, Héra, Hadès, Poséidon et Zeus. D’autres traditions lui attribuent le centaure Chiron, né de l’Océanide Philyra.
Son nom n’a pas d’étymologie grecque satisfaisante, et H. J. Rose en concluait qu’il s’agissait probablement d’un dieu antérieur à l’arrivée des Grecs ; c’est une hypothèse. Les Anciens l’ont parfois confondu avec Chronos, le Temps personnifié, parce que les deux mots se ressemblent. Ce rapprochement n’a pas de fondement linguistique, mais il a durablement marqué l’image du dieu.
Attributs et symboles
Son attribut est la faucille, ou serpe, que Gaïa lui remit pour frapper Ouranos. Les rares images antiques le montrent en vieillard grave tenant un objet courbe. Rose fait remarquer que cet objet peut aussi bien être un outil de moissonneur, puisque la fête de Cronos tombait au temps de la récolte.
Cronos a deux visages difficiles à accorder. Il est le père qui avale ses enfants, et il est le roi d’un temps heureux. Dans Les Travaux et les Jours, Hésiode place sous son règne la race d’or : les hommes vivaient alors sans peine ni vieillesse, et la terre produisait d’elle-même.
Mythes principaux
Ouranos empêchait ses enfants de voir le jour et les retenait dans les profondeurs de Gaïa. Celle-ci fabriqua une faucille et demanda à ses fils de la venger ; seul Cronos accepta. Posté en embuscade, il trancha les parties génitales de son père lorsque celui-ci s’approcha de la Terre, et les jeta derrière lui. Jean-Pierre Vernant a montré la portée de ce geste : en séparant le Ciel de la Terre, il ouvre l’espace où le monde peut exister et où les générations peuvent se succéder.
Devenu roi, Cronos se montra aussi dur que son père. Il maintint dans le Tartare ses frères les Cyclopes et les Cent-Bras. Averti par ses parents qu’un de ses enfants le renverserait, il les avala l’un après l’autre à leur naissance. Quand vint Zeus, le dernier, Rhéa le cacha et tendit à son époux une pierre enveloppée de langes, qu’il engloutit sans se méfier.
Zeus grandit en secret, puis força son père à recracher la pierre et les enfants avalés. Il délivra les Cyclopes, qui lui donnèrent la foudre, et les Cent-Bras. La guerre entre les jeunes dieux, établis sur l’Olympe, et les Titans, sur le mont Othrys, dura dix ans. Vaincus, Cronos et les siens furent enfermés dans le Tartare. Hésiode ajoute que Zeus fixa la pierre à Delphes, où on la montrait comme un signe pour les mortels.
D’autres traditions offrent au dieu une fin plus douce. Pierre Grimal rapporte la version orphique selon laquelle Cronos, réconcilié avec Zeus, règne sur les îles des Bienheureux.
Culte et postérité
Cronos fut peu honoré à l’époque classique. Rose ne connaît qu’une fête d’importance, les Cronia, attestées à Athènes, à Rhodes et à Thèbes. C’était une fête des moissons, au cours de laquelle les distinctions sociales étaient suspendues : maîtres et serviteurs mangeaient ensemble. Les Grecs l’ont par ailleurs assimilé à des dieux étrangers auxquels on prêtait des sacrifices humains.
Les Romains l’ont identifié à Saturne, vieux dieu italique des semailles. Rose estime que le lien avec l’agriculture est le seul vrai point de contact entre les deux figures. C’est pourtant cette identification qui a porté le mythe de l’âge d’or, devenu le « règne de Saturne » des poètes latins. La confusion avec Chronos a produit de son côté la figure du Temps, vieillard armé d’une faux qui dévore ce qu’il engendre.
Figures apparentées dans d’autres panthéons
- Saturne — Dieu des semailles et roi de l’âge d’or du Latium (Mythologie romaine)