Neith
Déesse archère de Saïs, mère primordiale des dieux
Origines
Neith est l’une des plus anciennes divinités connues de l’Égypte. Son emblème figure sur des objets de la Ire dynastie, et plusieurs reines de cette époque portent un nom formé sur le sien, comme Neithhotep et Merneith. Sa ville est Saïs, dans l’ouest du Delta, et elle est par excellence la déesse de la Basse-Égypte, dont elle porte la couronne rouge. Le sens de son nom n’est pas établi. Elle est aussi honorée à Esna, en Haute-Égypte, aux côtés de Khnoum.
Attributs et symboles
Neith est une femme coiffée de la couronne rouge, qui tient un arc et des flèches ou, plus simplement, le sceptre et le signe de vie. Son emblème, qu’elle porte parfois sur la tête, est fait de deux flèches croisées sur un bouclier ; une autre forme du signe est interprétée comme deux arcs liés. Ces armes font d’elle une déesse de la chasse et de la guerre, « celle qui ouvre les chemins » devant le roi. Elle est aussi liée au tissage : les textes funéraires lui attribuent les bandelettes de la momie.
Les planches que Champollion a publiées sous le nom de Neith sont à lire avec précaution. La déesse coiffée du vautour et de la double couronne, assise auprès d’Amon et qualifiée de « mère », est en réalité Mout, l’épouse thébaine d’Amon ; il rangeait aussi sous ce nom les déesses lionnes.
Mythes principaux
Dans les Textes des pyramides, Neith est la mère du dieu crocodile Sobek, et elle veille sur le roi défunt avec Isis, Nephthys et Selkis. Ces quatre déesses protègent plus tard le sarcophage et les vases canopes.
Dans les Aventures d’Horus et Seth, conte du Nouvel Empire, le tribunal des dieux, incapable de trancher, lui écrit pour demander son avis. Neith « la grande, la mère du dieu » répond qu’il faut donner la fonction d’Osiris à son fils Horus et dédommager Seth, faute de quoi elle fera tomber le ciel sur la terre. La déesse y parle en aînée, dont l’autorité précède celle des autres.
Les textes tardifs du temple d’Esna développent cette ancienneté en un récit de création. Neith surgit seule de l’eau primordiale, fait exister le monde par ses paroles et met au monde le soleil ; elle y est dite à la fois père et mère. Ramadan El-Sayed a rassemblé l’ensemble de ces documents dans son étude sur la déesse.
Culte et postérité
Saïs devient capitale de l’Égypte sous la XXVIe dynastie, au VIIe siècle avant notre ère, et le temple de Neith compte alors parmi les plus riches du pays ; il n’en reste presque rien. Hérodote y a vu les tombeaux des rois saïtes et décrit la fête des lampes, nuit où chaque maison d’Égypte allumait des lumières en l’honneur de la déesse.
Les Grecs ont identifié Neith à Athéna, sans doute parce que toutes deux sont des déesses armées, protectrices d’une cité. Platon, dans le Timée, fait dire aux prêtres de Saïs que la même déesse a fondé leur ville et Athènes. Plutarque cite une inscription de la statue de l’Athéna de Saïs : « Je suis tout ce qui a été, qui est et qui sera, et nul mortel n’a soulevé mon voile. » Cette phrase, connue seulement par les auteurs grecs, a nourri en Europe le thème du voile de la nature.
Champollion s’appuyait sur ces mêmes textes pour faire de Neith le « principe féminin » de l’univers. L’égyptologie moderne retient plutôt les documents égyptiens : une déesse archère très ancienne, devenue mère primordiale dans la théologie de Saïs et d’Esna.
Figures apparentées dans d’autres panthéons
- Athéna — Déesse de la sagesse, de la guerre réfléchie et des arts (Mythologie grecque)