Odin
Dieu souverain des Ases, maître de la magie et de la poésie
Origines
Odin (Óðinn en vieux norrois) est le dieu principal du panthéon scandinave et le chef des Ases. Son nom se rattache au mot óðr, « fureur, inspiration », et Adam de Brême, vers 1075, glose encore le nom de Wodan par « c’est-à-dire la fureur ». Le même dieu est attesté chez les autres peuples germaniques sous les noms de Wotan ou Wodan (vieux haut-allemand) et Woden (vieil anglais), d’où l’anglais Wednesday. Tacite, dans la Germania (98 apr. J.-C.), écrit que les Germains honorent surtout Mercure et lui offrent des victimes humaines ; les historiens y reconnaissent généralement Odin, et c’est cette assimilation romaine qui explique l’équivalence entre le mercredi latin et le jour de Woden.
Selon la Gylfaginning de Snorri Sturluson, Odin est le fils de Borr et de la géante Bestla. Avec ses frères Vili et Vé, il tue le géant primordial Ymir et façonne le monde à partir de son corps ; les trois frères donnent ensuite vie aux premiers humains, Ask et Embla. Odin est appelé Alföðr, « Père de tout », et compte parmi ses fils Thor, Baldr, Vidar et Váli. Son épouse est Frigg.
Attributs et symboles
Odin est borgne : il a laissé un œil en gage dans la source de Mímir pour y boire la sagesse, épisode que rappellent la Völuspá et la Gylfaginning. Il porte la lance Gungnir et l’anneau Draupnir, qui produit huit anneaux de même poids toutes les neuf nuits. Il monte Sleipnir, cheval à huit jambes né de Loki. Deux corbeaux, Huginn (« Pensée ») et Muninn (« Mémoire »), parcourent le monde et lui rapportent ce qu’ils ont vu ; deux loups, Geri et Freki, mangent la viande qu’on lui sert, car lui-même ne vit que de vin (Grímnismál). Depuis son siège Hliðskjálf, il voit tous les mondes.
Il règne sur la Valhöll, la « halle des tués », où les valkyries conduisent une partie des guerriers morts au combat, les einherjar, qui s’exercent chaque jour en attendant le Ragnarök. Odin est ainsi à la fois dieu de la guerre, dieu des morts, dieu de la poésie et maître du seiðr, la magie que, selon l’Ynglinga saga, Freyja enseigna aux Ases. Ses dizaines de surnoms — Grímnir, Hárr, Gangleri, Yggr — reflètent son goût du déguisement et du voyage.
Mythes principaux
Le Hávamál, poème gnomique de l’Edda poétique, rapporte dans la voix d’Odin lui-même son sacrifice : il resta pendu neuf nuits à l’arbre du monde, blessé de sa lance, « offert à Odin, moi-même à moi-même », sans pain ni boisson, jusqu’à ce qu’il ramasse les runes en hurlant. Le même poème et les Skáldskaparmál racontent comment il déroba l’hydromel poétique au géant Suttung, en séduisant sa fille Gunnlöð et en s’enfuyant sous forme d’aigle ; c’est pourquoi les scaldes appellent la poésie « don d’Odin ».
Dans la Vafþrúðnismál, il défie le géant Vafþrúðnir à une joute de savoir et l’emporte en lui demandant ce qu’il a murmuré à l’oreille de Baldr sur le bûcher. Dans la Baldrs draumar, il descend chez Hel réveiller une voyante pour connaître le sort de son fils. Au Ragnarök, selon la Völuspá, il est dévoré par le loup Fenrir ; son fils Vidar le venge.
Culte et postérité
Adam de Brême décrit au temple d’Uppsala trois statues, dont celle de Wodan, représenté en armes, qui « gouverne la guerre ». Les sacrifices par pendaison, mentionnés par le même auteur, s’accordent avec la figure du dieu pendu. Les toponymes formés sur son nom sont nombreux au Danemark et en Suède (Odense), rares en Islande, où Thor l’emporte. Snorri, dans l’Ynglinga saga, fait de lui un roi humain venu d’Asie, ancêtre des dynasties scandinaves : cette lecture évhémériste permettait aux lettrés chrétiens de conserver les récits païens.
Georges Dumézil range Odin, avec Tyr, au niveau de la souveraineté dans sa théorie des trois fonctions indo-européennes : Odin y est le souverain magicien, comparable au Varuna védique. Après la christianisation, le dieu survit dans le folklore comme meneur de la Chasse sauvage, puis renaît dans la culture savante et populaire, de l’opéra de Wagner aux bandes dessinées. Le rapprochement avec Mercure, hérité de l’interprétation romaine, tient au voyage, à la ruse et aux morts, non à une identité.
Figures apparentées dans d’autres panthéons
- Mercure — Dieu du commerce, du gain, des voyageurs et des messages (Mythologie romaine)