Thor
Dieu du tonnerre, protecteur des dieux et des hommes
Origines
Thor (Þórr) est le fils d’Odin et de Jörð, la Terre. Son nom signifie « tonnerre » ; il correspond au Donar des Germains continentaux et au Thunor des Anglo-Saxons, d’où l’anglais Thursday, calqué sur le latin dies Jovis qui a donné le français jeudi. Tacite signale que les Germains honorent Hercule, et la plupart des historiens reconnaissent dans cet Hercule le dieu au marteau. Époux de Sif aux cheveux d’or, il est le père de Magni et de Móði (« Force » et « Courage ») et de Þrúðr. Sa halle se nomme Bilskirnir, dans le domaine de Þrúðvangar. Il est, de tous les Ases, celui que les textes islandais décrivent comme le plus fort, et le défenseur attitré des dieux et des hommes contre les géants.
Attributs et symboles
Son arme est le marteau Mjöllnir, forgé par les nains Brokkr et Eitri : selon les Skáldskaparmál, son manche est trop court parce que Loki, changé en mouche, a piqué le forgeron pendant le travail. Le marteau frappe sans jamais manquer et revient dans la main de son maître. Thor porte en outre une ceinture de force, Megingjörð, et des gants de fer, Járngreipr, sans lesquels il ne pourrait tenir Mjöllnir. Il se déplace sur un char tiré par deux boucs, Tanngnjóstr et Tanngrisnir, qu’il peut manger le soir et ressusciter au matin, pourvu que les os restent intacts. Ses serviteurs humains, Þjálfi et Röskva, l’accompagnent dans ses expéditions. Il apparaît avec une barbe rousse, un appétit prodigieux et un tempérament prompt à la colère.
Mythes principaux
La Þrymskviða raconte le vol de Mjöllnir par le géant Þrymr, qui exige Freyja en échange. Sur le conseil de Heimdall, Thor se déguise en mariée, se rend chez les géants avec Loki pour servante, dévore un bœuf et huit saumons, puis reprend le marteau posé sur ses genoux pour la bénédiction nuptiale et massacre l’assemblée. La Hymiskviða décrit sa partie de pêche avec le géant Hymir : appâtant sa ligne avec une tête de bœuf, il ferre le serpent de Miðgarðr, Jörmungandr, mais le géant effrayé coupe la ligne.
Dans la Gylfaginning, Snorri conte le voyage chez Útgarða-Loki, où Thor échoue à des épreuves truquées : la corne à boire dont le fond plonge dans la mer, le chat qui est en réalité le serpent de Miðgarðr, la vieille Elli qui n’est autre que la vieillesse. Les Skáldskaparmál rapportent son duel contre Hrungnir, dont il garde un éclat de pierre à aiguiser dans la tête. Au Ragnarök, selon la Völuspá, il tue Jörmungandr, fait neuf pas et tombe, empoisonné par le venin du monstre.
Culte et postérité
Adam de Brême place Thor au centre du temple d’Uppsala, entre Wodan et Fricco, et lui attribue le tonnerre, les vents, les pluies et les récoltes : on l’invoque contre la peste et la famine. Les pendentifs en forme de marteau, retrouvés dans les tombes et les trésors des IXe–XIe siècles, témoignent d’une dévotion personnelle que certains archéologues lisent comme une réponse à la croix chrétienne. En Islande, Thor est de loin le dieu le plus présent dans les noms de personnes (Þórólfr, Þorsteinn, Þorgerðr) et dans les noms de lieux ; l’Eyrbyggja saga montre un colon, Þórólfr Mostrarskegg, qui lui dédie sa terre et lui élève un temple.
Georges Dumézil range Thor dans la deuxième fonction, celle de la force guerrière, et le compare à l’Indra védique, tueur de monstres et grand buveur. Le rapprochement avec Jupiter, hérité du calendrier, tient au tonnerre et à la place centrale du dieu, non à une identité : Thor n’est pas le souverain du panthéon. Après la conversion, il survit dans le folklore et, depuis le XIXe siècle, dans la littérature et la culture de masse, qui ont fait de lui le plus populaire des dieux nordiques.
Figures apparentées dans d’autres panthéons
- Jupiter — Dieu souverain du ciel, de la foudre et du serment (Mythologie romaine)