Bacchus
Dieu du vin et de la vigne, identifié à Liber Pater
Origines
Deux figures se recouvrent sous ce nom. Bacchus est la forme latine de Bakchos, l’un des noms grecs de Dionysos : c’est le dieu du vin et de l’ivresse sacrée, venu de Grèce avec ses mythes. Liber, ou Liber Pater, est un dieu italique plus ancien, fêté aux Liberalia du 17 mars et accompagné d’une parèdre, Libera.
Les Romains ont identifié l’un à l’autre. Selon Pierre Grimal, le nom de Liber, « le Libre », serait calqué sur un surnom de Dionysos, Lyaeus, « le Libérateur ». C’est l’explication des Anciens ; bien des modernes pensent au contraire que Liber existait avant le rapprochement et que la ressemblance des noms l’a facilité. Liber entre dans le culte public avec le temple de Cérès, Liber et Libera, voué en 496 avant notre ère sur l’avis des Livres sibyllins. H. J. Rose reconnaît dans cette triade de l’Aventin Déméter, Perséphone et Dionysos.
Attributs et symboles
Le Bacchus des poètes et des sculpteurs romains a tous les traits de Dionysos : un jeune homme couronné de lierre ou de pampres, tenant une coupe et le thyrse, bâton entouré de feuillage ; des panthères tirent son char, et les satyres et les bacchantes lui font cortège.
Le culte italique de Liber gardait un caractère plus rude. Saint Augustin, d’après Varron, décrit avec indignation les fêtes de Lavinium : un mois entier était consacré au dieu, on promenait un phallus sur un chariot à travers la campagne puis dans la ville, et une matrone respectée devait le couronner en public, pour le succès des semences et l’éloignement des mauvais sorts.
Mythes principaux
Les récits sont grecs. Ovide, au troisième livre des Métamorphoses, raconte la naissance du dieu, tiré du corps de Sémélé foudroyée et cousu dans la cuisse de Jupiter, puis les pirates tyrrhéniens changés en dauphins et le roi Penthée mis en pièces par sa propre mère pour avoir refusé le nouveau culte.
Les Fastes y ajoutent des touches romaines. À la date des Liberalia, Ovide attribue à Bacchus la découverte du miel et raconte la mésaventure de Silène, piqué par des frelons en cherchant une ruche. Il fait d’Ariane abandonnée, puis épousée par le dieu, la déesse Libera : selon Grimal, c’est l’identification que retenaient les mythographes latins, tandis que le culte rapprochait plutôt Libera de Proserpine.
Culte et postérité
Aux Liberalia, de vieilles femmes couronnées de lierre s’asseyaient dans les rues avec un petit foyer et vendaient des galettes au miel, dont elles offraient une part au dieu pour le compte de l’acheteur, précise Varron. C’est aussi ce jour-là, dit Ovide, que les jeunes Romains quittaient la toge de l’enfance pour la toge « libre » de l’adulte.
Les mystères de Dionysos, d’origine grecque, se répandirent en Italie centrale et méridionale à partir du IIe siècle avant notre ère. En 186, l’affaire des Bacchanales éclata. Tite-Live la raconte longuement : la dénonciation d’une affranchie, Hispala Faecenia, révéla au consul Postumius des réunions nocturnes, accusées de débauches, de faux et de meurtres ; plus de sept mille personnes auraient été compromises. Le Sénat fit rechercher les initiés, en exécuta beaucoup, détruisit les lieux de culte et n’autorisa plus que de petits groupes, sous son contrôle. Les historiens lisent ce récit avec prudence : il traduit surtout la méfiance de l’État envers une association religieuse qui échappait à son autorité.
Le culte ne disparut pas. Grimal estime probable que César autorisa de nouveau les cérémonies bachiques, et le dieu tient une grande place dans la religion de l’Empire. Le français en a gardé « bacchanale » et « bachique ». Dionysos est le modèle grec de Bacchus ; Liber, lui, garde un visage italique.
Figures apparentées dans d’autres panthéons
- Dionysos — Dieu de la vigne, du vin et de l’extase (Mythologie grecque)