Cérès
Déesse des moissons, du blé et protectrice de la plèbe
Origines
Cérès est une déesse italique ancienne. Son nom appartient à la même famille que le verbe crescere, « croître » : elle est la puissance qui fait pousser le grain. Elle possède un flamine, le flamen Cerialis, et une fête inscrite au plus vieux calendrier, les Cerialia du 19 avril, deux signes qu’elle était honorée à Rome avant toute influence grecque. Georges Dumézil rappelle que son flamine, lors du sacrifice offert à Cérès et à la Terre, invoquait une série de petits dieux dont chacun présidait à une opération des champs, du premier labour à l’engrangement.
À cette déesse paysanne s’est superposée la Déméter des Grecs. Pierre Grimal rapporte la tradition : lors d’une disette, au début de la République, on consulta les Livres sibyllins, qui prescrivirent d’accueillir Déméter et Dionysos ; le vœu fut fait en 496 avant notre ère et les nouveaux dieux furent installés sur l’Aventin. Dès lors, Cérès reçoit les mythes de Déméter, et Grimal renvoie simplement à celle-ci pour ses légendes.
Attributs et symboles
Cérès porte une couronne d’épis et tient une gerbe ou un flambeau, celui avec lequel elle cherche sa fille dans le récit emprunté à la Grèce. Son animal de sacrifice est la truie. Caton l’Ancien prescrit au paysan d’offrir à Cérès, avant la moisson, la « truie préalable » (porca praecidanea), après avoir prié Janus, Jupiter et Junon. Aux fêtes des semailles, en janvier, Ovide montre les paysans offrant à Cérès et à la Terre de l’épeautre et une truie pleine : la Terre fournit le lieu, dit-il, Cérès la cause de la croissance.
Mythes principaux
Rome n’a pas de mythe propre à Cérès. Ovide raconte au quatrième livre des Fastes, à la date des Cerialia, l’enlèvement de Proserpine dans les prairies de Henna, en Sicile, la course de sa mère à travers le monde, un flambeau allumé aux feux de l’Etna dans chaque main, et l’arrangement qui partage l’année de la jeune fille entre les Enfers et la terre. C’est l’histoire de Déméter et de Perséphone, transportée en terre italienne.
Le même passage conserve un usage plus singulier. Aux Cerialia, on lâchait dans le Cirque des renards portant des torches enflammées attachées au dos. Ovide l’explique par une anecdote recueillie à Carséoles : un enfant avait mis le feu à un renard voleur de poules, et l’animal en fuite avait incendié les blés. Les historiens y voient plutôt un rite ancien dont le sens était déjà perdu.
Culte et postérité
Le temple de Cérès, Liber et Libera s’élevait au pied de l’Aventin, près du Grand Cirque. H. J. Rose reconnaît dans cette triade Déméter, Perséphone et un Dionysos proche du Iacchos d’Éleusis. Ce sanctuaire fut le centre religieux de la plèbe. Tite-Live rapporte qu’après 449 les décisions du Sénat y étaient déposées sous la garde des édiles de la plèbe, et que les biens de quiconque portait la main sur un tribun étaient vendus au profit du temple. Les jeux de Cérès, clos le 19 avril, relevaient de ces mêmes édiles.
Un culte de rite grec, célébré par les femmes, s’ajouta au culte ancien. Tite-Live note qu’après le désastre de Cannes, en 216, la fête annuelle de Cérès ne put avoir lieu, parce que toutes les matrones étaient en deuil ; le Sénat limita alors le deuil à trente jours.
Les poètes latins disent « Cérès » pour le pain, comme « Bacchus » pour le vin. Le français lui doit le mot « céréale ». Déméter est son équivalent grec, mais la protectrice de la plèbe et son flamine n’ont pas de modèle en Grèce.
Figures apparentées dans d’autres panthéons
- Déméter — Déesse du blé, des moissons et des mystères d’Éleusis (Mythologie grecque)