Déméter
Déesse du blé, des moissons et des mystères d’Éleusis
Origines
Déméter est, selon Hésiode, la deuxième fille de Cronos et de Rhéa. Comme ses frères et sœurs, elle fut avalée par son père puis rendue au jour, et elle compte parmi les Olympiens. De son union avec Zeus naquit une fille unique, Perséphone, que les Grecs appelaient aussi Coré, « la Jeune Fille ».
Pierre Grimal insiste sur ce qui la sépare de Gaïa. Gaïa est la terre comme élément premier, celle des récits de création ; Déméter est la terre cultivée, et plus précisément la déesse du blé. Elle forme avec sa fille un couple si étroit que le culte les nommait ensemble « les Deux Déesses ». H. J. Rose proposait d’y voir le grain mûr et le grain nouveau, en précisant que le détail de cette évolution reste incertain : c’est une hypothèse de savant, non une donnée des textes.
Attributs et symboles
Déméter est souvent représentée assise, tenant des torches ou accompagnée d’un serpent. Les torches rappellent sa quête : c’est un flambeau dans chaque main qu’elle parcourt le monde à la recherche de sa fille. L’épi de blé est son don par excellence. Plusieurs auteurs tardifs disent qu’elle fit pousser le blé pour la première fois à Éleusis, et les Athéniens se vantaient d’en avoir été les premiers bénéficiaires.
Son pouvoir se mesure surtout à ce qui arrive quand elle le retire. Quand elle cesse de remplir son rôle, rien ne germe ni ne mûrit, et la famine menace les hommes ; les dieux eux-mêmes doivent alors négocier avec elle.
Mythes principaux
Le grand récit est celui de l’Hymne homérique à Déméter. Hadès, avec l’accord de Zeus, enlève Perséphone pendant qu’elle cueille des fleurs : la terre s’ouvre et le dieu l’emporte sur son char. Déméter entend le cri de sa fille et la cherche neuf jours durant, sans manger ni se laver. Hécate, qui a entendu elle aussi, ne peut nommer le ravisseur ; c’est le Soleil, qui voit tout, qui le lui révèle.
Irritée contre les dieux, Déméter quitte l’Olympe et arrive à Éleusis sous l’apparence d’une vieille femme. Les plaisanteries d’Iambé lui arrachent un sourire, et elle accepte de boire le cycéon, mélange d’eau, de farine et de menthe. Entrée au service du roi Céléos et de sa femme Métanire, elle devient la nourrice du petit Démophon. Elle le frotte d’ambroisie et le plonge la nuit dans le feu pour le rendre immortel, mais Métanire la surprend et crie ; la déesse interrompt le rite, se fait reconnaître et ordonne qu’on lui élève un sanctuaire.
La terre restant stérile, Zeus ordonne à Hadès de rendre la jeune fille. Mais Perséphone a mangé un pépin de grenade aux Enfers, ce qui la lie à ce séjour. Un compromis est trouvé : elle passera une partie de l’année sous terre, le reste auprès de sa mère. Déméter rend alors sa fécondité au sol et enseigne ses rites aux Éleusiniens. Des versions postérieures à l’hymne ajoutent qu’elle confia à Triptolème un char tiré par des dragons ailés pour répandre la culture du blé.
D’autres traditions racontent que Poséidon la poursuivit pendant sa quête. Elle se changea en jument pour lui échapper, sans succès, et donna naissance au cheval Aréion et à une fille que l’on appelait seulement « la Maîtresse ».
Culte et postérité
Éleusis, en Attique, fut son sanctuaire le plus célèbre. Athènes prit très tôt sous sa protection les mystères qui y étaient célébrés, et dont le contenu n’était révélé qu’aux initiés ; les railleries rituelles qui les accompagnaient étaient rapportées à l’épisode d’Iambé. Mais Éleusis n’était pas le seul centre du culte. Des sanctuaires existaient dans toute la Grèce, et chacun prétendait avoir été fondé par ceux qui avaient accueilli la déesse pendant son errance, à Argos ou à Phénéos en Arcadie par exemple. La Sicile passait pour l’île des Deux Déesses, et Henna pour le lieu de l’enlèvement.
Les Romains ont rapproché Déméter de Cérès, vieille déesse italique de la croissance des céréales. Son mythe, où l’alternance des saisons est liée au deuil d’une mère, est l’un des récits grecs les plus souvent repris par la littérature et les arts.
Figures apparentées dans d’autres panthéons
- Cérès — Déesse des moissons, du blé et protectrice de la plèbe (Mythologie romaine)