Diane
Déesse des bois, de la chasse et de la lune
Origines
Le nom de Diane se rattache à la racine qui désigne la lumière du jour et le ciel clair, celle de dies et de Jupiter : Diana est « la Lumineuse », et les Anciens l’ont rapprochée de la lune. Elle n’est pas d’abord une déesse de Rome, mais des Latins. Son plus vieux sanctuaire se trouve à Aricie, sur les bords du lac de Nemi, dans un bois sacré au creux d’un ancien cratère des monts Albains ; on appelait ce lac le « miroir de Diane ». Un fragment de Caton l’Ancien en conserve l’acte de fondation : le bois fut consacré par un dictateur latin au nom des peuples de la ligue.
Servius Tullius, sixième roi de Rome, aurait transporté cette fonction fédérale sur l’Aventin. Tite-Live raconte qu’il persuada les cités latines de bâtir avec Rome un temple commun de Diane, reconnaissant ainsi la Ville comme la tête du Latium. Le temple, hors de l’enceinte sacrée, sur une colline de plébéiens et d’étrangers, garda ce caractère ; sa statue, d’après Strabon, reproduisait l’Artémis d’Éphèse par l’intermédiaire de Marseille. Le jour de sa fondation, les Ides d’août, était férié pour les esclaves.
Attributs et symboles
Diane est représentée en chasseresse, tunique courte, arc et carquois, accompagnée d’une biche ou d’un chien : c’est l’image d’Artémis. Le croissant sur son front dit son identification à la lune ; sous le nom de Trivia, « des trois chemins », elle garde les carrefours comme Hécate. La torche est l’attribut de son culte à Nemi : Ovide et Properce décrivent les femmes qui, aux Ides d’août, allaient en procession au bois d’Aricie, couronnées et flambeau à la main, pour lui demander une grossesse ou la remercier d’un accouchement heureux.
Mythes principaux
Le mythe propre à Nemi est celui de son prêtre. Le rex Nemorensis, « roi du bois », était un esclave en fuite qui avait obtenu sa charge en tuant son prédécesseur en combat singulier, après avoir cueilli un rameau dans le bois sacré ; il vivait ensuite l’épée à la main, dans l’attente du prochain fugitif. Strabon et Ovide décrivent cette coutume, dont l’étrangeté frappait déjà les Anciens et dont James Frazer fera le point de départ du Rameau d’or. Suétone rapporte que Caligula, trouvant que le roi du bois régnait depuis trop longtemps, suscita contre lui un rival plus fort.
Ovide, dans les Métamorphoses et les Fastes, rattache à Nemi le jeune Hippolyte, fils de Thésée, mort pour avoir repoussé Phèdre : Diane le fit ressusciter par Esculape et le cacha dans son bois sous le nom de Virbius, auprès de la nymphe Égérie. Virgile mentionne à son tour un Virbius parmi les alliés des Latins dans l’Énéide, où la guerrière Camille, vouée à Diane depuis l’enfance, meurt en combattant les Troyens ; la déesse envoie sa nymphe Opis la venger d’une flèche. Les Métamorphoses ont fixé pour l’Occident le mythe d’Actéon, le chasseur qui surprit la déesse au bain et fut changé en cerf, puis dévoré par ses chiens, et celui de Callisto, chassée de sa suite pour sa grossesse.
Culte et postérité
Diane est une déesse des marges : de la forêt, des frontières, des femmes, des esclaves et de la nuit. Georges Dumézil a insisté sur sa fonction politique, garante de la souveraineté commune des Latins, à Aricie puis sur l’Aventin. Son temple de l’Aventin resta le siège d’un culte populaire, et le sanctuaire de Nemi, enrichi de portiques et de théâtres sous l’Empire, fut l’un des plus fréquentés du Latium.
Diane a survécu à la fin des cultes. Au haut Moyen Âge, un texte canonique dénonce les femmes qui croient chevaucher la nuit avec Diane, et son nom reste attaché aux cortèges nocturnes des sorcières. La Renaissance l’a peinte au bain ou à la chasse, et Diane de Poitiers en a fait son emblème. Le prénom, enfin, a traversé les siècles. Artémis est sa parente grecque, dont elle a pris l’image ; le fond latin, celui d’une déesse fédérale honorée dans un bois par des esclaves et des femmes, lui est propre.
Figures apparentées dans d’autres panthéons
- Artémis — Déesse de la chasse et de la nature sauvage (Mythologie grecque)