Ces dieux

Saturne

Dieu des semailles et roi de l’âge d’or du Latium

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Origines

Saturne (Saturnus) est l’un des plus vieux dieux de l’Italie. Les Romains expliquaient son nom par les semailles : Varron le tirait de satus, « ce qui est semé », et H. J. Rose le définit encore comme le dieu de l’ensemencement. Les linguistes modernes jugent cette étymologie fragile, d’autant que les inscriptions anciennes connaissent une forme Saeturnus ; l’origine du nom reste discutée.

Très tôt, les Romains ont identifié Saturne au Cronos des Grecs, père de Zeus détrôné par son fils. Ils en ont tiré un récit qui leur est propre : chassé de l’Olympe par Jupiter, Saturne serait venu se réfugier en Italie. Le rapprochement ne s’est pourtant pas étendu à tout le culte. Les mythographes donnaient à Saturne pour épouse Ops, déesse de l’abondance, assimilée à Rhéa ; mais, comme le note Rose, dans le rituel c’est une obscure Lua qui lui est associée, Ops allant avec le dieu Consus.

Attributs et symboles

On représentait Saturne en vieillard tenant une faux ou une serpe, instrument du moissonneur et du vigneron : la tradition, selon Pierre Grimal, lui attribuait aussi l’invention de la culture de la vigne. L’interprétation qui fait de cette faux l’image du temps qui détruit tout, courante dans les manuels du XIXe siècle comme celui de Jean Humbert, repose sur un jeu de mots grec entre Cronos et chronos, « le temps » ; elle ne dit rien du dieu italique.

Sa statue, dans son temple du Forum, avait les pieds entourés de bandelettes de laine que l’on ne déliait que pour sa fête, rapporte Macrobe. Le même auteur signale une singularité : on sacrifiait à Saturne « selon le rite grec », la tête découverte, alors que le sacrifiant romain se voile d’ordinaire la tête.

Mythes principaux

Le mythe romain de Saturne est celui d’un roi civilisateur. Accueilli par Janus, qui régnait alors sur le pays, il s’établit sur la colline qui deviendra le Capitole et y fonde un village appelé Saturnia. Virgile, au huitième livre de l’Énéide, fait raconter par Évandre comment le dieu fugitif rassembla un peuple dispersé dans les montagnes, lui donna des lois et nomma la contrée Latium, parce qu’il s’y était caché (latere). Il apprit aux hommes à cultiver la terre.

Son règne est l’âge d’or : un temps d’abondance, sans guerre ni esclavage. Les généalogies royales du Latium remontent jusqu’à lui ; Virgile fait de Saturne le père de Picus, grand-père de Faunus et aïeul du roi Latinus. Rose y voit une construction tardive, où de petites divinités italiques ont été transformées en anciens rois. Grimal relève enfin que Saturne passait parfois pour un dieu du monde souterrain.

Culte et postérité

Le temple de Saturne se dressait au pied du Capitole, à l’extrémité du Forum. Tite-Live date sa dédicace de 497 avant notre ère, année où il place aussi l’institution des Saturnales. Le trésor public de Rome, l’aerarium, y était conservé.

Les Saturnales tombaient le 17 décembre. En 217, au début de la guerre contre Hannibal, on les renouvela, dit Tite-Live, par un banquet public et un repas offert au dieu. La fête s’étendit ensuite sur plusieurs jours. Les tribunaux et les écoles fermaient ; on échangeait de petits cadeaux, des chandelles de cire et des figurines d’argile. Surtout, en souvenir de l’égalité de l’âge d’or, les maîtres servaient leurs esclaves à table et ceux-ci pouvaient parler librement.

Macrobe, au début du Ve siècle, a donné le nom de la fête à son grand dialogue savant. Le mot « saturnales » désigne encore un moment de licence ; la planète Saturne et, en anglais, le samedi (Saturday) portent le nom du dieu.

Figures apparentées dans d’autres panthéons

  • Cronos — Titan, père de Zeus et roi de l’âge d’or (Mythologie grecque)

Pour aller plus loin

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Sources

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