Ces dieux

Vénus

Déesse de l’amour, mère d’Énée et ancêtre des Romains

Origines

Le nom de Vénus n’était pas, à l’origine, celui d’une déesse. Venus est en latin un nom commun neutre qui désigne le charme, l’attrait, la grâce qui gagne la faveur ; il appartient à la même famille que venerari, « vénérer », et venia, « faveur ». Robert Schilling, dans son étude classique sur la religion romaine de Vénus, a montré comment ce nom de qualité est devenu une divinité : la puissance qui obtient la bienveillance des dieux et rend l’union possible.

Aucun flamine, aucune fête du vieux calendrier ne lui est propre ; les Vinalia du 23 avril et du 19 août, fêtes du vin, lui sont associées mais appartiennent d’abord à Jupiter. Son premier temple, celui de Vénus Obsequens, « la Complaisante », fut voué en 295 avant notre ère par Quintus Fabius Gurges, avec l’argent des amendes infligées à des matrones adultères, dit Tite-Live. Dès lors, Vénus est comprise à travers Aphrodite, dont les Latins lisent les mythes chez les poètes grecs.

Attributs et symboles

Le myrte est sa plante : les femmes s’en couronnaient pour sa fête d’avril. La rose, la colombe et la pomme lui viennent d’Aphrodite. Ses épithètes marquent ses fonctions romaines. Verticordia, « qui tourne les cœurs » vers la pudeur, reçut sous la République une statue consacrée par la plus chaste des matrones. Erycina, la Vénus du mont Éryx en Sicile, fut accueillie au Capitole en 215, après le désastre de Trasimène. Genetrix, « la Mère », est l’ancêtre de la lignée de César ; Victrix, « la Victorieuse », la déesse de Pompée.

Mythes principaux

Le mythe romain de Vénus est celui d’Énée. Fils de la déesse et du Troyen Anchise, il fuit Troie en flammes en portant son père sur ses épaules, guidé par sa mère. Dans l’Énéide, Vénus veille sur lui à chaque pas : elle lui apparaît en chasseresse sur la côte d’Afrique, obtient de Jupiter la promesse d’un empire sans fin, demande à Vulcain, son époux, de forger des armes pour son fils, et lui apporte un bouclier où sont gravés les destins de Rome jusqu’à Actium. Dans les Métamorphoses, Ovide la montre obtenant l’apothéose d’Énée, puis celle de César, dont elle emporte l’âme au ciel sous la forme d’une comète.

De ce lien descend une prétention politique : par Iule, fils d’Énée, la famille des Iulii se disait issue de Vénus. Le poète Lucrèce, au seuil de son poème De la nature, l’invoque comme « mère des Énéades », puissance qui fait naître et croître toute chose au printemps. Ovide, dans les Fastes, lui attribue le mois d’avril et raconte la venue à Rome de la Vénus d’Éryx.

Culte et postérité

Le 1er avril, les femmes lavaient la statue de Vénus Verticordia, la paraient de bijoux et de roses, et se baignaient couronnées de myrte ; la déesse était priée de conserver la beauté, la bonne conduite et la bonne réputation. Le culte de la Vénus d’Éryx, dont le second temple, hors de la porte Colline, était fréquenté par les prostituées le 23 avril, montre une autre face de la déesse.

Sous la République finissante, Vénus devient l’enjeu des ambitions. Sylla se dit son favori ; Pompée dédie en 55 un temple de Vénus Victrix au sommet de son théâtre ; César, après Pharsale, élève au centre de son forum le temple de Vénus Genetrix, dédié en 46 avant notre ère. Auguste, son héritier, fait de la descendance vénusienne une pièce de l’idéologie impériale, et Hadrien couronne l’ensemble par le temple de Vénus et de Rome, le plus vaste de la Ville, dont les deux déesses se tournent le dos.

L’art occidental n’a jamais cessé de la peindre, de Botticelli à Titien, sous les traits que la Grèce lui avait donnés. La planète la plus brillante et le vendredi, dies Veneris, portent son nom ; les peuples germaniques ont donné à ce jour le nom d’une de leurs propres déesses. Aphrodite est sa parente grecque, à qui elle doit ses mythes ; la Vénus mère du peuple romain est une création de Rome.

Figures apparentées dans d’autres panthéons

  • Aphrodite — Déesse de l’amour, de la beauté et du désir (Mythologie grecque)
  • Freyja — Déesse vane de l’amour, de la fécondité et de la magie (Mythologie nordique)

Pour aller plus loin

Liens affiliés : en tant que Partenaire Amazon, Ces dieux réalise un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.

Sources

L’infolettre de Ces dieux

Les nouvelles fiches, et bientôt : parlez avec les dieux.

En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir par courriel les nouvelles de Ces dieux, envoyées par Milotche Media, Montréal (Québec), [email protected]. Vous pouvez vous désinscrire en tout temps grâce au lien présent dans chaque courriel.