Aphrodite
Déesse de l’amour, de la beauté et du désir
Origines
Les Grecs racontaient deux naissances d’Aphrodite. Pour Hésiode, elle est née de la mer : quand Cronos trancha le sexe de son père Ouranos et le jeta dans les flots, une écume blanche se forma autour, d’où sortit une jeune fille qui aborda à Cythère, puis à Chypre. Le poète tire son nom de l’écume, aphros, et lui donne pour compagnons, dès son premier pas, Éros et Himéros, l’Amour et le Désir. Pour Homère, elle est plus simplement la fille de Zeus et de Dioné. Platon, dans le Banquet, distinguera l’Aphrodite céleste de l’Aphrodite populaire.
Les historiens, à la suite de Walter Burkert, voient en elle une déesse venue d’Orient, apparentée à l’Ishtar de Mésopotamie et à l’Astarté phénicienne, et acclimatée en Grèce par Chypre. Hérodote tenait déjà son sanctuaire d’Ascalon, en Syrie, pour le plus ancien. Ses surnoms de Cypris et de Cythérée gardent la mémoire de ce chemin.
Attributs et symboles
Elle est la beauté même, et l’art grec l’a représentée d’abord vêtue, puis nue à partir de la statue que Praxitèle sculpta pour Cnide au IVe siècle avant notre ère. La colombe, le moineau, le cygne et l’oie sont ses oiseaux ; le myrte, la rose et la pomme, ses plantes et ses fruits ; le coquillage rappelle sa naissance marine. Dans l’Iliade, elle possède une ceinture brodée où résident la tendresse, le désir et les paroles qui séduisent, et qu’Héra lui emprunte pour ensorceler Zeus.
Son pouvoir s’étend sur les dieux comme sur les hommes et les bêtes ; l’Hymne homérique à Aphrodite n’excepte que trois déesses, Athéna, Artémis et Hestia. Elle protège aussi les marins et, sous certains noms, la concorde civique. Elle est accompagnée d’Éros, que la tradition ultérieure fait son fils, et des Charites.
Mythes principaux
Elle est mariée au forgeron boiteux Héphaïstos, mais aime Arès. L’Odyssée raconte comment l’époux trompé, averti par le Soleil, prit les amants dans un filet invisible et convoqua les dieux, qui rirent à gorge déployée. De cette union naquit Harmonie. Zeus, pour la punir de sa moquerie envers les dieux épris de mortelles, lui inspira l’amour du berger troyen Anchise ; de leur rencontre sur le mont Ida, que rapporte l’Hymne homérique, naquit Énée. Elle aima aussi le jeune Adonis, qu’un sanglier tua et que Zeus partagea entre elle et Perséphone.
Son rôle dans la guerre de Troie est décisif. Choisie par Pâris comme la plus belle, contre Héra et Athéna, elle lui promit en récompense l’amour d’Hélène. Dans l’Iliade, elle protège son favori, l’enlève du duel qu’il perd contre Ménélas, sauve Énée sur le champ de bataille et se fait blesser à la main par Diomède, avant d’aller pleurer sur les genoux de sa mère Dioné. Zeus lui rappelle avec douceur que la guerre n’est pas son affaire.
Culte et postérité
Paphos, à Chypre, était son sanctuaire par excellence, et Cythère son second lieu de naissance. Corinthe l’honorait sur l’Acrocorinthe, Athènes sous le nom d’Aphrodite Pandémos, « de tout le peuple ». On lui offrait de l’encens et des colombes plutôt que de grands sacrifices sanglants. Les jardins, les fêtes de printemps et le mariage, où l’on invoquait sa faveur, lui appartenaient.
Rome l’a identifiée à Vénus et en a fait, par Énée, l’ancêtre du peuple romain et de la famille de César. C’est sous ce nom latin qu’elle a traversé les siècles : la Vénus de Milo, la Naissance de Vénus de Botticelli, la planète qui brille le soir. Aucun dieu grec n’a été autant représenté, ni aussi durablement associé à l’idée même de beauté.