Ayida Wedo
Lwa de l’arc-en-ciel, épouse de Damballa
Origines
Ayida Wedo descend d’Aido Hwedo, le serpent arc-en-ciel du Dahomey. Dans les récits fon, Aido Hwedo accompagne le créateur au commencement du monde, le porte dans sa bouche à travers l’espace et, une fois la terre façonnée, s’enroule sous elle pour la soutenir. Ses mouvements font trembler le sol. Son nom, comme celui de Damballa, garde la trace de Ouidah, la ville des pythons sacrés et du grand port de la traite.
En Haïti, Ayida est devenue l’épouse de Damballa. Les fidèles les servent ensemble, et l’un est rarement nommé sans l’autre. Elle appartient à la nation Rada, aux esprits anciens et doux venus du Dahomey. Alfred Métraux la présente comme le serpent arc-en-ciel, compagne de Damballa, et Maya Deren voit dans le couple l’image de la totalité : le serpent de la terre et celui du ciel, le mâle et la femelle, l’origine et la continuité.
Attributs et symboles
Son signe est l’arc-en-ciel. Sa couleur est le blanc, comme celle de Damballa, à laquelle s’ajoutent les couleurs du ciel après la pluie. Le vèvè du couple représente deux serpents dressés face à face. Les offrandes sont les mêmes que pour son époux : l’œuf sur la farine, le lait, le riz blanc, le sirop d’orgeat, servis sur une nappe blanche. Les images de la Vierge, en particulier celle de l’Immaculée Conception, servent parfois à la représenter.
Elle monte les fidèles moins souvent que Damballa. Quand elle vient, le cheval rampe et ondule comme lui, sans parler. Les serviteurs reconnaissent sa présence à des signes de douceur et de fraîcheur, comme une pluie qui cesse.
Mythes principaux
Le récit central est celui de l’union. Damballa et Ayida s’enlacent dans le ciel ; l’arc-en-ciel est leur étreinte, et de cette étreinte viennent les eaux, les récoltes, les enfants. Quand l’arc-en-ciel paraît, disent les fidèles, c’est Ayida qui se montre. Le couple des deux serpents tient le monde ensemble : lui, sous la terre et dans les sources ; elle, dans le ciel.
Laënnec Hurbon rappelle que cette cosmologie n’est pas un dogme écrit, mais un savoir vécu, transmis dans les chants, les vèvè et les gestes du culte. Ayida n’a pas d’aventures propres ; elle est la moitié d’un tout, et c’est comme telle que le vodou la pense. Les chercheurs notent que le serpent arc-en-ciel est l’une des continuités les plus nettes entre le Dahomey et Haïti.
Culte et postérité
Ayida Wedo est servie avec Damballa, dans les mêmes cérémonies, avec les mêmes exigences de pureté : le blanc, la propreté, l’absence de rhum et de piment. On s’adresse au couple pour la fertilité, l’harmonie du ménage, la prospérité et la protection des enfants. Les familles qui « ont » Damballa parmi leurs lwa héréditaires ont aussi Ayida.
Elle reste peu connue hors des cercles de pratiquants et de chercheurs, éclipsée par son époux, dont le serpent a frappé l’imagination des étrangers. Pourtant, dans les temples d’Haïti comme dans ceux de la diaspora, l’arc-en-ciel peint sur les murs ou brodé sur les drapeaux rappelle sa présence, discrète et nécessaire, à côté du grand serpent blanc.