Oshumare
Orisha de l’arc-en-ciel, serpent du mouvement
Origines
Oshumare est le mot yoruba pour l’arc-en-ciel, et le nom de l’orisha qui s’y manifeste. Les fidèles le conçoivent comme un grand serpent dont le corps se déploie dans le ciel après la pluie. Pierre Verger le présente comme la force du mouvement, de ce qui circule et se transforme, et le place parmi les divinités venues de l’ouest : selon lui, son culte est originaire du pays mahi, dans l’actuel Bénin, où le même serpent est honoré sous le nom de Dan.
Chez les Fon, voisins des Yoruba, Melville Herskovits a décrit ce serpent arc-en-ciel, Dan Ayido Hwedo, qui soutient la terre enroulé sur lui-même et accompagne le créateur. Oshumare appartient ainsi à un ensemble de croyances partagé par plusieurs peuples du golfe du Bénin, et l’on ne peut pas dire avec certitude lequel l’a transmis à l’autre.
Attributs et symboles
Oshumare est le serpent et l’arc-en-ciel. Les récits lui donnent pour tâche de porter l’eau de la terre jusqu’aux nuages, d’où elle retombe en pluie. Il est aussi lié à la richesse : Verger rapporte que les fidèles lui attribuent la fortune et les cauris, qui servaient autrefois de monnaie.
Au Brésil, ses emblèmes sont deux serpents de fer et de longs colliers de cauris tressés. Ses couleurs y sont le jaune et le vert. On dit dans le candomblé qu’il est mâle pendant six mois de l’année et femelle pendant les six autres, ou serpent une moitié de l’année et arc-en-ciel le reste du temps. Verger rapporte cette croyance en soulignant qu’elle exprime la dualité de l’orisha, à la fois terre et ciel. Dans sa danse, le fidèle pointe l’index alternativement vers le haut et vers le bas.
Mythes principaux
Un récit d’Ifá rapporté par Verger fait d’Oshumare un devin. Il servait le roi d’Ife, qui le consultait sans cesse et le payait mal, si bien qu’il vivait dans la gêne. Il consulta à son tour, fit l’offrande prescrite, et fut appelé peu après auprès d’Olokun, la divinité de la mer, dont l’enfant était malade. Il le guérit, et Olokun le combla de richesses et d’étoffes précieuses. Le roi d’Ife, piqué, le couvrit de présents à son tour. Plus tard, Olodumare, le Dieu suprême, souffrit des yeux et le fit venir. Guéri, il ne voulut plus se séparer de lui. Oshumare vit depuis au ciel et n’a la permission de se montrer sur terre que de temps à autre : c’est l’arc-en-ciel.
Au Brésil, les récits du candomblé en font le fils de Nana Buruku et le frère d’Obaluaye. Cette parenté réunit trois divinités que Verger considère comme venues ensemble de l’ouest, et dont les cultes restent associés dans les maisons de Bahia.
Culte et postérité
En pays yoruba, Verger constate que le culte d’Oshumare est peu répandu et concerne surtout les régions occidentales, proches du Bénin. Au Brésil, Oxumarê est un orisha important des maisons de tradition ketu et jeje ; l’une des plus anciennes maisons de Salvador porte son nom. Les fidèles de Bahia l’associent à saint Barthélemy, fêté le 24 août. À Cuba, il n’a presque pas de culte propre, et l’arc-en-ciel y est le plus souvent rattaché à Yemayá.
En Haïti, le même serpent arc-en-ciel du Dahomey est devenu le couple formé par Damballa et Ayida Wedo, que décrit Alfred Métraux. Le lien avec Oshumare n’est pas une filiation : les lwa haïtiens viennent du Dan des Fon, non de l’orisha yoruba. Mais les trois figures procèdent de la même conception ouest-africaine, que Verger identifie expressément derrière Oshumare.
Figures apparentées dans d’autres panthéons
- Ayida Wedo — Lwa de l’arc-en-ciel, épouse de Damballa (Vodou haïtien)
- Damballa — Lwa serpent, source de la vie et de la sagesse (Vodou haïtien)