Damballa
Lwa serpent, source de la vie et de la sagesse
Origines
Damballa vient du Dahomey, où le serpent Dan est une puissance majeure. À Ouidah, port d’où sont partis tant de captifs vers Saint-Domingue, un temple abrite encore des pythons vivants, et le second élément de son nom, Wedo, garde le souvenir de cette ville. Damballa est l’un des lwa dont la continuité avec l’Afrique est la mieux établie par les chercheurs.
Il appartient à la nation Rada et y occupe la première place. Les fidèles le disent le plus ancien de tous les lwa, le plus pur, le plus proche de Bondye. Sa compagne est Ayida Wedo, le serpent arc-en-ciel ; ensemble ils forment le couple primordial dont dépend la fertilité du monde. Les images de saint Patrice, qui chasse les serpents d’Irlande, et de Moïse, dont le bâton se change en serpent, servent à le représenter.
Attributs et symboles
Sa couleur est le blanc, sans mélange. Son vèvè montre deux serpents dressés, lui et Ayida. On le sert sur une nappe blanche, avec des offrandes blanches : un œuf posé sur un monticule de farine, du lait, du riz, du sirop d’orgeat. Ses fidèles s’habillent de blanc pour le recevoir. Une source, un bassin ou une cuvette d’eau lui sont réservés dans le temple.
Lorsqu’il monte un fidèle, celui-ci se jette au sol et rampe, ondule, grimpe aux poteaux ou aux arbres, darde la langue et siffle. Il ne parle pas : Damballa n’a pas de mots humains. Alfred Métraux décrit ces possessions où le cheval, la langue sifflante, se coule dans l’eau du bassin ou sur les branches. Comprendre ce qu’il veut exige l’interprétation d’un oungan ou d’une manbo.
Mythes principaux
Damballa n’a pas d’aventures. Il est un principe plus qu’un personnage : la continuité de la vie, la sagesse sans âge, la paix. Maya Deren le décrit comme la sérénité même, l’ancêtre qui n’a plus à agir parce qu’il est le fondement sur lequel tout repose. Milo Rigaud, qui lit le vodou comme un système de symboles, voit dans le serpent l’image du mouvement perpétuel et de l’unité des contraires.
Les fidèles disent que Damballa et Ayida s’unissent dans l’arc-en-ciel, et que de cette union viennent les eaux, les enfants, la richesse. Damballa est aussi l’un des trois époux d’Erzulie Freda, avec Agwe et Ogou. Son autre trait est la pureté : on ne s’approche de lui qu’en état de propreté, et il chasse tout ce qui est souillé.
Culte et postérité
Damballa est servi pour la chance, la prospérité, la paix du foyer, la protection des enfants. Ses fidèles portent parfois un collier blanc ou un bracelet en son honneur. Il exige de la douceur : pas de rhum, pas de piment, pas de cris. Sa présence dans un temple est un signe d’ancienneté et de respectabilité.
Le serpent de Damballa a beaucoup nourri l’imaginaire étranger sur le vodou. Les récits de voyageurs du XIXe siècle, comme celui du diplomate britannique Spenser St. John, ont fait de « l’adoration du serpent » l’emblème d’une religion prétendument barbare. Les travaux de Métraux et de Deren, au milieu du XXe siècle, ont restitué à Damballa sa vraie figure : celle d’un esprit de paix et de sagesse, servi aujourd’hui en Haïti et dans toute la diaspora, et dont le cousin dahoméen est toujours honoré à Ouidah.