Erzulie Freda
Lwa de l’amour, de la beauté et du luxe
Origines
Son nom complet, Erzulie Freda Dahomey, la rattache au Dahomey et à la nation Rada. Pourtant Alfred Métraux constate qu’on ne lui connaît pas de modèle africain précis. Les chercheurs voient plutôt en elle une figure née dans la colonie de Saint-Domingue : la dame élégante, raffinée, de peau claire, qui incarnait aux yeux des esclaves le luxe inaccessible du monde des maîtres. Erzulie Freda serait ainsi l’un des lwa les plus profondément haïtiens.
Elle fait partie d’une famille d’Erzulie aux caractères très différents : Erzulie Dantor, la mère farouche du rite Petwo ; Lasirenn, la sirène des eaux ; Erzulie Je Wouj, aux yeux rouges, redoutable. Les fidèles les distinguent nettement. Freda est la douceur, la coquetterie, le désir d’être aimée.
Attributs et symboles
Ses couleurs sont le rose, le blanc et le bleu pâle. Son vèvè est un cœur, souvent percé d’un poignard. Ses objets sont ceux de la toilette : miroir, peigne, poudre, parfum, bijoux. Elle porte trois anneaux, un pour chacun de ses époux parmi les lwa : Damballa, Agwe et Ogou.
Quand elle monte une personne, la cérémonie s’interrompt pour sa toilette. On lui apporte de l’eau pour se laver, du parfum, ses plus beaux vêtements. Elle salue les hommes en les embrassant et tend aux femmes le petit doigt. Elle réclame du champagne, des liqueurs douces, des gâteaux, des sucreries. L’image de la Mater Dolorosa, la Vierge au cœur transpercé, couverte de bijoux, sert à la représenter.
Mythes principaux
Le trait le plus célèbre d’Erzulie Freda est sa sortie : après avoir ri, dansé et distribué ses faveurs, elle fond en larmes et se retire en pleurant. Maya Deren a longuement médité sur ces larmes. Erzulie pleure, écrit-elle, parce que le monde ne suffit jamais à son rêve ; elle est la déesse de l’amour et de tout ce qui manque. Les fidèles disent plus simplement qu’elle pleure parce qu’on ne l’aime pas assez, ou parce que ses offrandes sont trop modestes.
Le mariage mystique (maryaj lwa) est au cœur de sa relation avec les humains. Un homme peut épouser Erzulie Freda au cours d’une cérémonie ; il porte alors son anneau et lui réserve une nuit par semaine, où il dort seul. En échange, elle le protège et lui accorde chance et prospérité. Karen McCarthy Brown décrit, dans la diaspora de Brooklyn, la place que Freda occupe dans la vie affective de ses serviteurs.
Culte et postérité
Erzulie Freda est servie pour tout ce qui touche à l’amour, au désir, à la beauté et à la réussite. Les femmes comme les hommes s’adressent à elle. Ses autels sont parmi les plus ornés des temples : dentelles, fleurs, flacons, images pieuses. Les pèlerinages en l’honneur de la Vierge, notamment à Saut-d’Eau au mois de juillet, attirent aussi ceux qui servent les Erzulie.
Les chercheurs rapprochent Freda de l’Oshun des Yoruba, divinité des eaux douces, de la beauté et de la douceur. La parenté est réelle, mais Erzulie Freda a son histoire propre, celle d’Haïti, et c’est comme une lwa haïtienne qu’on la sert, à Port-au-Prince comme à Montréal ou à New York.
Figures apparentées dans d’autres panthéons
- Oshun — Orisha de la rivière Osun, de l’amour et de la fécondité (Panthéon yoruba)