Ces dieux

Marasa

Jumeaux sacrés du vodou haïtien

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Origines

Les Marasa sont les jumeaux sacrés. Le mot désigne à la fois des esprits, que l’on sert comme des lwa, et les jumeaux vivants ou morts d’une famille, qui passent pour dotés de pouvoirs hors du commun. Alfred Métraux consacre à ce culte un développement entier et note que, pour certains fidèles, les Marasa sont plus puissants que les lwa eux-mêmes.

La vénération des jumeaux vient d’Afrique, et de plusieurs régions à la fois. On la trouve chez les Yoruba, avec les Ibeji, au Dahomey et dans le bassin du Kongo. Le terme marasa lui-même est généralement tenu pour d’origine kongo. En Haïti, les fidèles distinguent d’ailleurs des Marasa de plusieurs nations, Ginen, Kongo ou créoles, servis selon le rite Rada ou Petwo.

Attributs et symboles

Les Marasa sont des enfants et sont traités comme tels. On leur offre des friandises, des gâteaux, des sirops, des aliments servis sur une feuille de bananier. Leur vaisselle est particulière : les « plats Marasa », deux ou trois écuelles de terre ou de bois réunies en un seul objet, afin que chacun reçoive exactement la même part.

Le chiffre trois accompagne le chiffre deux. L’enfant qui naît après des jumeaux, appelé dosou si c’est un garçon et dosa si c’est une fille, est réputé réunir leur force et la dépasser. On parle alors de Marasa Twa, les « trois jumeaux », et le vèvè des Marasa comporte souvent trois éléments. Maya Deren a médité sur ce paradoxe, où deux font trois.

Pour les représenter, l’usage le plus répandu est l’image des saints Côme et Damien, frères jumeaux. Marilyn Houlberg, dans le volume dirigé par Donald Cosentino, signale aussi celle des Trois Vertus, Foi, Espérance et Charité, pour les Marasa Twa.

Mythes principaux

On ne raconte pas d’aventures des Marasa. La tradition tient dans les chants, dans le caractère qu’on leur prête et dans les croyances qui entourent les jumeaux vivants.

Deren rapporte qu’ils sont considérés comme les premiers enfants de Dieu et les premiers morts, donc les plus anciens des ancêtres ; c’est pourquoi on les salue très tôt dans les cérémonies, aussitôt après Legba. Elle y lit une image de la double nature de l’être humain, à la fois matière et esprit.

Leur caractère est celui d’enfants exigeants. Métraux les dit susceptibles, jaloux et prompts à la vengeance : négligés, ils « saisissent » leurs parents et envoient des maladies. Des jumeaux d’une même famille doivent recevoir les mêmes cadeaux et les mêmes attentions, faute de quoi le lésé peut nuire à l’autre ou à ses proches. Lorsque les Marasa montent un fidèle, ce qui est rare, celui-ci se conduit en petit enfant capricieux, réclame à manger et se roule à terre.

Culte et postérité

Toute famille qui compte des jumeaux, vivants ou parmi ses ancêtres, leur doit un service. Le plus important est le « manje Marasa », le repas des jumeaux. La nourriture leur est présentée dans les plats doubles, puis distribuée aux enfants de l’assistance, qui la mangent à la place des esprits ; on demande ensuite aux Marasa s’ils sont satisfaits. Métraux situe ces repas autour de Noël, de la fête des Rois et du Samedi saint, mais les dates changent selon les familles.

On les invoque pour la santé des enfants, pour la fécondité et, plus généralement, pour que la lignée se continue. Leur bienveillance s’achète par la régularité : on ne sert pas les Marasa une fois pour toutes.

La parenté avec les Ibeji des Yoruba est reconnue par les chercheurs, sans que le culte haïtien s’y réduise, puisqu’il mêle plusieurs héritages africains. Dans la diaspora, les Marasa restent servis dans les familles, et les artistes haïtiens les peignent volontiers sous les traits de deux ou trois enfants identiques.

Figures apparentées dans d’autres panthéons

  • Ibeji — Orisha des jumeaux, protecteur des enfants (Panthéon yoruba)

Pour aller plus loin

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Sources

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