Ces dieux

Ibeji

Orisha des jumeaux, protecteur des enfants

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Origines

Ibeji signifie « naissance double ». Le mot désigne à la fois les jumeaux eux-mêmes et l’orisha qui les protège. Les Yoruba ont l’un des taux de naissances gémellaires les plus élevés du monde, et les jumeaux y sont des êtres à part : ils partagent, disent les fidèles, une seule âme, portent bonheur à la famille qui les honore et malheur à celle qui les néglige.

Il n’en a pas toujours été ainsi. Samuel Johnson et d’autres témoins du XIXe siècle rapportent qu’autrefois les jumeaux étaient mis à mort à la naissance. L’historien T. J. H. Chappel a montré que le culte actuel est relativement récent et qu’il s’est répandu à partir de l’ouest du pays yoruba, sans qu’on puisse dater précisément ce renversement. La tradition orale l’attribue à une consultation d’Ifá qui ordonna d’honorer les jumeaux au lieu de les tuer.

Attributs et symboles

Le premier-né s’appelle Taiwo, « celui qui goûte le monde », et le second Kehinde, « celui qui vient derrière ». C’est Kehinde que l’on tient pour l’aîné : il a envoyé Taiwo en éclaireur. Les jumeaux sont associés au singe colobe, edun, qu’ils ne doivent pas manger.

Quand un jumeau meurt, les parents font sculpter une statuette de bois, l’ere ibeji, qui devient la demeure de son âme. Marilyn Houlberg décrit les soins qu’elle reçoit : la mère la lave, l’enduit de poudre de bois rouge, l’habille, la nourrit en même temps que l’enfant survivant et la porte dans son pagne. Ces figures, toujours sculptées en adultes, sont devenues l’un des objets les plus connus de l’art yoruba. Houlberg note que des poupées de plastique ou des photographies les remplacent parfois aujourd’hui.

Mythes principaux

Les récits yoruba sur les jumeaux expliquent surtout l’origine de leur culte. Les jumeaux y sont dits enfants du singe, ou protégés de Shango, dont les prêtres prennent soin d’eux. On raconte qu’ils enrichissent leurs parents : leurs mères dansent avec eux sur les marchés et reçoivent des cadeaux, et un chant dit que les jumeaux « changent le pauvre en riche ».

À Cuba, où on les appelle Ibeyi ou jimaguas, les patakís en font deux enfants, fils de Changó, élevés selon les versions par Ochún, Oyá ou Yemayá. Le récit le plus connu, rapporté par Lydia Cabrera, raconte qu’ils délivrèrent les hommes d’un diable qui barrait les chemins. Celui-ci dévorait quiconque ne pouvait le faire danser jusqu’à l’épuisement. Les jumeaux jouèrent de leurs petits tambours en se relayant sans qu’il s’aperçoive qu’ils étaient deux, et le diable, à bout de forces, dut céder.

Culte et postérité

En pays yoruba, le culte est domestique. Les familles offrent aux jumeaux, vivants ou représentés par leurs statuettes, des haricots, de l’huile de palme et des sucreries, et organisent un repas pour les enfants du voisinage.

Au Brésil, les Ibejis sont fêtés le 27 septembre, jour des saints Côme et Damien, avec lesquels les fidèles les associent ; on prépare à Bahia un plat de gombo, le caruru, servi d’abord aux enfants. Pierre Verger décrit cette fête comme l’une des plus populaires de la ville, bien au-delà des maisons de candomblé. À Cuba, les Ibeyi sont représentés par deux poupées et reçoivent les mêmes saints pour patrons.

Le vodou haïtien honore lui aussi des jumeaux sacrés, les Marasa, associés aux mêmes saints. Alfred Métraux rattache ce culte avant tout aux traditions du Dahomey ; il s’agit d’une dévotion parente plutôt que d’un emprunt direct aux Yoruba.

Figures apparentées dans d’autres panthéons

  • Marasa — Jumeaux sacrés du vodou haïtien (Vodou haïtien)

Pour aller plus loin

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Sources

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