Ces dieux

Papa Legba

Lwa des carrefours et gardien des barrières

Origines

Legba vient du Dahomey, l’actuel Bénin. Chez les Fon, il est le messager des dieux, l’interprète qui porte les paroles des humains vers le monde invisible et en rapporte les réponses. Ses figures de terre, ouvertement phalliques, gardent l’entrée des maisons et des villages. Les Yoruba voisins servent sous le nom d’Eshu un esprit de même fonction, et les chercheurs tiennent les deux figures pour apparentées.

En traversant l’Atlantique, Legba a changé de visage. Alfred Métraux souligne le contraste : au Dahomey, un jeune farceur plein de vigueur ; en Haïti, un vieillard usé qui s’appuie sur une béquille. Le caractère sexuel de la figure africaine s’est presque effacé. Maya Deren voit dans ce vieil homme le soleil couchant, celui qui a tout vu et qui se tient maintenant à la limite entre les mondes. Papa Legba appartient à la nation Rada. Dans le rite Petwo, son pendant est Mèt Kalfou, le maître du carrefour de nuit, plus inquiétant, que l’on associe à la malchance et aux œuvres de sorcellerie.

Attributs et symboles

Papa Legba se présente en paysan âgé : chapeau de paille, pipe, sac de paille en bandoulière, béquille ou bâton. Le chien l’accompagne. Son vèvè est fondé sur la croix, image du carrefour où se rencontrent le chemin des humains et celui des lwa. Quand il monte un fidèle, celui-ci se voûte, marche avec peine, réclame une canne et parle d’une voix de vieillard.

Les images de saint Lazare, vieil homme aux béquilles entouré de chiens, servent couramment à le représenter, de même que celles de saint Pierre, qui tient les clés du ciel, ou de saint Antoine. On lui offre du maïs grillé, des viandes rôties, du tabac, du rhum. Sa place, dans le temple, est près de l’entrée : c’est lui qui garde la barrière.

Mythes principaux

Le vodou transmet peu de récits suivis sur Legba ; il transmet surtout sa fonction. Toute cérémonie commence par un chant qui lui demande d’ouvrir la barrière : « Papa Legba, ouvri baryè pou mwen ». Tant qu’il n’a pas ouvert, aucun autre lwa ne peut descendre. Il est le gardien du passage entre le visible et l’invisible, et l’interprète qui comprend toutes les langues, celles des humains comme celles des esprits.

Cette position lui donne un double visage. Il ouvre, mais il peut aussi fermer. Il est bienveillant, mais il reste un maître des carrefours, lieux d’incertitude où les chemins bifurquent. Laënnec Hurbon rappelle que les lwa ne se laissent pas classer en bons et en mauvais : Legba, comme Kalfou, est une puissance avec laquelle on négocie.

Culte et postérité

Papa Legba est servi en premier dans presque toutes les cérémonies, en Haïti comme dans la diaspora. On l’invoque avant un voyage, avant d’entreprendre une affaire, quand une porte semble fermée. Il n’a pas de fête spectaculaire comme Ogou ou les Gede, mais il est présent partout, parce qu’aucun service ne peut se passer de lui.

Les chercheurs le rapprochent d’Eshu-Elegba des Yoruba et du Legba dahoméen, dont il descend. Mais le vieillard haïtien à la béquille est une création propre au vodou, née de l’expérience de l’esclavage et de la nécessité de garder, coûte que coûte, une porte ouverte vers les esprits.

Figures apparentées dans d’autres panthéons

  • Eshu — Orisha messager, gardien des carrefours et des seuils (Panthéon yoruba)

Pour aller plus loin

Liens affiliés : en tant que Partenaire Amazon, Ces dieux réalise un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.

Sources

L’infolettre de Ces dieux

Les nouvelles fiches, et bientôt : parlez avec les dieux.

En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir par courriel les nouvelles de Ces dieux, envoyées par Milotche Media, Montréal (Québec), [email protected]. Vous pouvez vous désinscrire en tout temps grâce au lien présent dans chaque courriel.