Ces dieux

Aganju

Orisha des terres sauvages et du volcan

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Origines

Aganju est l’un des orishas dont la figure change le plus d’une rive de l’Atlantique à l’autre. En yoruba, le mot aganju désigne une étendue déserte, la terre inhabitée, le cœur de la brousse. C’est aussi le nom d’un roi. Samuel Johnson, dans son histoire des Yoruba, compte Aganju parmi les premiers Alaafin, les rois d’Oyo : il succède à Ajaka, frère de Shango, et appartient donc à la même dynastie que l’orisha de la foudre.

Les sources écrites sur son culte au Nigeria sont peu nombreuses. Pierre Verger ne lui consacre pas de chapitre propre et le mentionne surtout à propos de Shango. Ce que l’on sait de lui vient pour l’essentiel de la tradition royale d’Oyo et des récits conservés à Cuba.

Attributs et symboles

Dans le récit de Johnson, Aganju est un roi au long règne, qui embellit le palais et qui avait le don d’apprivoiser les animaux sauvages : il gardait près de lui un léopard. Ce lien avec la bête et la brousse rejoint le sens de son nom.

À Cuba, Agayú est l’orisha du volcan, de la force souterraine et des terres arides, et aussi le passeur qui fait traverser le fleuve. Lydia Cabrera et Natalia Bolívar le décrivent comme un géant coléreux, d’une vigueur prodigieuse. Il partage avec Changó la hache double et le rouge, auquel s’ajoutent plusieurs autres couleurs sur ses colliers. Les fidèles voient en lui l’appui de ceux qui portent de lourdes charges.

Mythes principaux

Johnson rapporte que le règne d’Aganju finit dans le malheur : son fils fut accusé d’une liaison avec l’une des épouses royales, le roi le fit mettre à mort, et lui-même mourut peu après. Ce récit appartient à l’histoire dynastique d’Oyo plutôt qu’aux récits d’Ifá.

Les patakís cubains racontent autre chose. Agayú, passeur du fleuve, fit un jour traverser une femme qui n’avait rien pour le payer ; de leur union naquit Changó. L’enfant, plus tard, partit à la recherche de son père. Agayú, qui ne le reconnut pas, le jeta dans un brasier, et le feu ne lui fit aucun mal : c’est ainsi que le père reconnut son fils. Selon les maisons, la mère est Yemayá ou Obatalá sous une forme féminine, et d’autres versions font des deux orishas des frères.

Un texte ancien et souvent cité, celui d’Alfred Burdon Ellis, fait d’Aganju l’époux de Yemoja et le père d’un fils incestueux dont naîtraient tous les orishas. Verger a montré que cette généalogie, reprise de livre en livre, repose sur un seul témoignage missionnaire et ne correspond pas à ce que disent les prêtres yoruba.

Culte et postérité

Au Nigeria, Aganju est honoré à Oyo dans le cadre du culte de Shango et de la mémoire des anciens rois. Verger signale qu’au Brésil son nom désigne l’une des formes de Xangô, Xangô Aganju, et non un orisha séparé.

C’est à Cuba qu’il possède un culte distinct. Les fidèles l’associent à saint Christophe, porteur de l’Enfant à travers le fleuve et patron de La Havane ; l’usage est local et tient à la ressemblance des deux figures de passeur. Les lignées de la Regla de Ocha ne s’accordent pas sur son initiation : dans beaucoup de maisons, on ne le consacre pas directement, et l’initié le reçoit par l’intermédiaire de Changó ou d’Ochún ; d’autres maisons pratiquent une consécration directe. Ce désaccord, toujours discuté parmi les pratiquants, montre combien sa place reste liée à celle de Shango.

Pour aller plus loin

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Sources

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