Ces dieux

Panthéon yoruba

Afrique de l’Ouest

Les Yoruba forment l’un des grands peuples d’Afrique de l’Ouest : plusieurs dizaines de millions de personnes dans le sud-ouest du Nigeria, au Bénin et au Togo. Leur religion traditionnelle repose sur un Dieu suprême, Olodumare, créateur du monde, lointain et sans culte propre, et sur une multitude de divinités intermédiaires, les orishas. On dit parfois qu’il y en a quatre cent un, une façon de signifier qu’on ne peut pas les compter.

Chaque orisha gouverne un aspect du monde et de la vie humaine : Ogun le fer et la guerre, Shango la foudre, Yemoja les eaux, Oshun l’amour et la rivière qui porte son nom, Orunmila la divination. Certains sont des forces de la nature ; d’autres, comme Shango, sont d’anciens rois divinisés. Les orishas ne sont pas adorés en bloc : chaque famille, chaque ville, chaque personne a les siens, transmis par la naissance ou révélés par la consultation d’Ifa, le système de divination confié à Orunmila et pratiqué par des devins, les babalawo.

La ville d’Ile-Ife, dans l’actuel État d’Osun, est considérée comme le lieu de la création et le berceau spirituel de tous les Yoruba. Les sanctuaires y sont nombreux, et le roi d’Ife, l’Ooni, conserve une autorité religieuse reconnue bien au-delà de la ville.

Le culte se pratique par des offrandes, des chants, des tambours et des danses au cours desquelles l’orisha peut « monter » un fidèle et parler à travers lui. Chaque divinité a ses couleurs, ses colliers, ses aliments, ses interdits et ses fêtes annuelles. Le festival d’Oshun à Osogbo, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, attire chaque année des dizaines de milliers de personnes.

La traite atlantique a déporté un grand nombre de Yoruba vers les Amériques entre le XVIIIe et le XIXe siècle. Leur religion y a survécu et s’y est transformée : elle est devenue le candomblé au Brésil, la santería ou Regla de Ocha à Cuba, et a nourri le vodou haïtien et les cultes de Trinité. Dans ces traditions, les orishas ont souvent été associés à des saints catholiques, ce qui a permis de les honorer sous le regard des maîtres.

Aujourd’hui, la religion des orishas se pratique sur trois continents. Au Nigeria, elle coexiste avec le christianisme et l’islam, qui sont majoritaires, mais elle imprègne toujours la langue, les fêtes et les noms de famille. Dans les Amériques et en Europe, elle connaît depuis les années 1980 un regain d’intérêt, y compris parmi des personnes sans ascendance africaine. L’ethnologue Pierre Verger, initié lui-même au Brésil, a consacré sa vie à documenter ces liens entre les deux rives de l’Atlantique.

Les divinités