Ces dieux

Obatala

Orisha créateur des corps humains, roi du tissu blanc

Origines

Obatala est le plus ancien et le plus élevé des orishas, celui qu’Olodumare a chargé de créer la terre ferme et de façonner les êtres humains. Son nom est généralement compris comme « le roi du tissu blanc » ; on l’appelle aussi Orishanla, « le grand orisha ». Bolaji Idowu le présente comme le représentant d’Olodumare sur terre, une sorte de vice-roi du Dieu suprême.

Son culte est particulièrement lié à Ile-Ife, la ville que les Yoruba tiennent pour le lieu de la création, ainsi qu’à plusieurs villes du pays yoruba où il porte des noms locaux. Pierre Verger relève qu’en Afrique le nom Obatala désigne à la fois une divinité précise et une famille d’orishas « blancs », les orisha funfun, dont les cultes se ressemblent.

Attributs et symboles

Tout, chez Obatala, est blanc : les vêtements de ses fidèles, les colliers de perles, les tissus qui habillent ses autels, les offrandes qu’on lui présente. On lui offre des escargots, dont le liquide sert à apaiser, du beurre de karité, de la craie, de l’igname pilée et de l’eau fraîche. L’huile de palme, le vin de palme et le sel lui sont interdits, et ses fidèles s’en abstiennent aussi.

Les pratiquants lui associent la patience, la pureté et la sagesse de la vieillesse. Verger le décrit courbé sur un bâton cérémoniel orné d’anneaux et de clochettes, marchant lentement, comme un vieillard vénérable. Parce qu’il a façonné les corps, il est le protecteur de ceux qui sont nés différents : les albinos, les bossus, les boiteux et les nains sont considérés comme ses enfants, et on les appelle « les gens de l’orisha ».

Mythes principaux

Le récit le plus connu, rapporté par Idowu comme par Bascom, raconte comment Olodumare confie à Obatala la création de la terre ferme au-dessus des eaux, avec une coquille d’escargot remplie de terre, une poule et un caméléon. Dans la version d’Ife, Obatala s’arrête en chemin, boit du vin de palme et s’endort ; Oduduwa prend les objets et accomplit la tâche à sa place. Obatala se voit alors confier une autre mission, celle de modeler les corps humains dans l’argile, auxquels Olodumare donne le souffle. Un jour où il avait encore bu, ses mains ont tremblé, et c’est ainsi qu’on explique les infirmités de naissance. Depuis, ses fidèles ne boivent pas de vin de palme.

Un autre récit, recueilli par Verger au Brésil, raconte le voyage d’Obatala vers le royaume de Shango. Malgré les avertissements des devins, il part et rencontre Eshu, qui le fait tomber trois fois dans l’huile et le charbon. Pris pour un voleur, il est jeté en prison pendant sept ans, et le royaume de Shango se dessèche. Quand Shango comprend enfin qui il retient, il libère le vieil orisha, le lave et l’habille de blanc. Ce récit fonde l’une des cérémonies majeures du candomblé, les « eaux d’Oxalá ».

Culte et postérité

Obatala est honoré dans tout le pays yoruba, où sa fête annuelle à Ile-Ife garde une grande importance. Ses prêtres et ses initiés, vêtus de blanc, incarnent un idéal de calme et de retenue qui contraste avec les orishas guerriers ou fougueux.

Dans les Amériques, il est l’une des figures centrales des religions issues de la traite. Il est Oxalá dans le candomblé du Brésil, où l’on distingue Oxalufã, le vieillard courbé, et Oxaguiã, le jeune guerrier, et où la cérémonie des eaux d’Oxalá ouvre l’année rituelle à Bahia. À Cuba, il est Obatalá, associé par les fidèles à Notre-Dame de la Merci, et l’on retrouve la même exigence de blancheur et de sobriété. Ces cultes se ressemblent, mais chacun a ses chants, ses interdits et son histoire propres.

Pour aller plus loin

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Sources

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