Olodumare
Dieu suprême, créateur et source de toute existence
Origines
Olodumare est, dans la religion yoruba, le Dieu suprême et unique, au-dessus de tous les orishas. On l’appelle aussi Olorun, « le maître du ciel », un nom formé sur orun, le ciel ou l’au-delà. L’étymologie d’Olodumare elle-même est discutée : le théologien nigérian Bolaji Idowu, auteur de l’étude de référence sur cette figure, en propose plusieurs lectures sans trancher.
Olodumare n’a pas d’histoire de naissance. Il est là avant toute chose et il est la source de l’ase, la puissance qui fait que les paroles, les rites et les êtres agissent. Les orishas sont ses intermédiaires : il leur délègue le gouvernement du monde, mais aucun d’eux ne possède une force qui ne vienne pas de lui.
Attributs et symboles
Olodumare n’a ni image, ni temple, ni prêtre, ni sacrifice qui lui soit propre. C’est le trait qui le distingue le plus nettement des orishas, qui ont tous leurs sanctuaires, leurs couleurs et leurs offrandes. William Bascom, qui a étudié les Yoruba du Nigeria à partir des années 1930, note que les gens l’invoquent pourtant sans cesse dans les prières, les salutations et les proverbes : on remet un voyage ou une entreprise entre ses mains, on le remercie d’une naissance, on le prend à témoin d’un serment.
Les pratiquants le décrivent comme le juge dernier, celui devant qui chacun rendra compte. Ils disent aussi que c’est devant lui que chaque personne, avant de naître, choisit son ori, sa tête intérieure, c’est-à-dire son destin. Olodumare ne l’impose pas, il le ratifie.
Mythes principaux
Le récit de la création, tel que le rapportent Idowu et Bascom, met Olodumare en retrait. Le monde n’est alors qu’une étendue d’eau. Olodumare confie à Obatala, l’un des orishas, un peu de terre dans une coquille d’escargot, une poule à cinq doigts et un caméléon. La poule gratte la terre et l’étale, le caméléon vérifie qu’elle est solide : ainsi naît la terre ferme, à Ile-Ife. Les versions divergent sur celui qui a réellement accompli cette tâche, Obatala ou Oduduwa, et ce désaccord reflète les rivalités anciennes entre villes yoruba.
Un autre récit dit qu’Obatala façonne les corps humains dans l’argile, mais que seul Olodumare leur donne le souffle, emi. Selon certaines versions, il le fait à l’abri des regards, et Obatala, qui voulait voir comment on donne la vie, s’endort et manque le moment. C’est une façon de dire que la vie elle-même reste le secret du Dieu suprême.
Culte et postérité
Puisqu’il n’a pas de culte organisé, Olodumare se rencontre surtout dans la langue. Les noms propres, les proverbes et les formules quotidiennes des Yoruba le nomment sans arrêt, et les chrétiens comme les musulmans yoruba ont adopté Olorun et Olodumare pour désigner leur propre Dieu.
Les chercheurs discutent la place exacte de cette figure. Idowu, pasteur méthodiste, a défendu en 1962 l’idée que la religion yoruba est un « monothéisme diffus », où les orishas ne sont que les ministres d’un Dieu unique. D’autres, dont Pierre Verger, ont observé que le culte effectif se concentre entièrement sur les orishas et que les fidèles parlent rarement d’Olodumare au quotidien ; certains estiment que l’insistance sur le Dieu suprême a pu être renforcée par les contacts avec l’islam et le christianisme. Ces lectures ne s’excluent pas : l’une décrit une théologie, l’autre une pratique.
Dans les Amériques, on retrouve Olodumare sous les noms d’Olofi, Olofin ou Olorun dans la santería cubaine et le candomblé brésilien, toujours comme un Dieu lointain que l’on ne sert pas directement.