Ces dieux

Olokun

Orisha de la mer profonde et des richesses

Parler avec Olokun

Origines

Le nom d’Olokun signifie « maître de la mer » : okun désigne l’océan en yoruba. L’orisha règne sur les eaux salées et sur tout ce qu’elles contiennent, à commencer par les richesses, que les Yoruba associent depuis longtemps à la mer, aux cauris et au commerce venu de la côte.

Les traditions ne s’accordent pas sur son sexe. Sur la côte et dans le royaume voisin de Bénin, chez les Edo, Olokun est un dieu, fils aîné du créateur Osanobua selon les Edo. À Ile-Ife, c’est une figure féminine, épouse d’Oduduwa dans certains récits, et patronne des perles de verre dont la ville était un grand centre de fabrication. Les chercheurs ne tranchent pas : il s’agit de traditions locales distinctes, et non d’une erreur des unes ou des autres.

Attributs et symboles

À Bénin, où son culte est l’un des plus importants, Paula Ben-Amos décrit Olokun comme le dieu de la richesse, de la beauté et des enfants, que l’on prie surtout pour obtenir une descendance. Ses sanctuaires sont blancs, décorés de craie, et garnis de figures modelées en terre représentant le dieu en roi entouré de sa cour. Le palais d’Olokun, sous la mer, est conçu comme le modèle de celui du roi de Bénin.

Chez les Yoruba, ses emblèmes sont les perles, les cauris et les étoffes somptueuses. À Ile-Ife, un bois sacré porte son nom. C’est là que l’ethnologue allemand Leo Frobenius vit, en 1910, une tête en laiton que les habitants appelaient « Olokun », et qui fit connaître hors d’Afrique l’art ancien de la ville. On y a retrouvé depuis des creusets et des débris de verre, traces d’un ancien artisanat des perles.

Mythes principaux

Le récit le plus répandu, que rapporte E. Bolaji Idowu, est celui d’un défi. Olokun, fière de ses étoffes, voulut prouver qu’elle surpassait Olodumare, le Dieu suprême, et proposa un concours de parure. Olodumare envoya son messager, le caméléon. Chaque fois qu’Olokun paraissait dans un nouveau vêtement, le caméléon en prenait exactement les couleurs. Olokun se dit que, si le simple messager était ainsi vêtu, elle ne pourrait jamais égaler le maître, et renonça. Les pratiquants y voient une leçon sur les limites de toute puissance devant Olodumare.

D’autres récits, liés à la création, rappellent qu’au commencement il n’y avait que l’eau, domaine d’Olokun, et que la terre ferme fut posée sur ses eaux. Certaines versions font de ses crues une réponse à cet empiétement. Ces histoires varient beaucoup d’une ville à l’autre.

Culte et postérité

Au Nigeria, Olokun est honorée à Ile-Ife, le long de la lagune de Lagos et surtout à Bénin, où presque chaque maison possède ou possédait son autel. Pierre Verger note qu’au Brésil son culte ne s’est pour ainsi dire pas maintenu : la mer y appartient à Iemanjá, forme brésilienne de Yemoja.

À Cuba, en revanche, Olokun tient une place à part dans la Regla de Ocha. Lydia Cabrera rapporte que les fidèles la tiennent pour une puissance redoutable, qui vit au fond de l’océan, où certains récits la disent enchaînée pour qu’elle ne submerge pas la terre. On la considère souvent comme l’aspect le plus profond de Yemayá, ou comme une divinité distincte qui lui est étroitement liée. Elle ne « monte » pas les fidèles : on la reçoit sous la forme d’une jarre contenant de l’eau et ses objets sacrés. La danse masquée qui lui était consacrée a pratiquement disparu au XXe siècle, selon les témoignages recueillis par Cabrera.

Pour aller plus loin

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Sources

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