Orisha Oko
Orisha des champs, des récoltes et de la fertilité
Origines
Orisha Oko est, littéralement, « l’orisha de la ferme » : oko désigne en yoruba le champ cultivé, à l’écart de la ville. Il préside aux cultures, aux récoltes et à la fécondité de la terre et des femmes. Toutes les traditions s’accordent sur le lieu d’origine de son culte : Irawo, une localité du nord-ouest du pays yoruba, dans l’ancien territoire d’Oyo.
Samuel Johnson, à la fin du XIXe siècle, le compte parmi les principaux orishas des Yoruba d’Oyo. Les récits en font tantôt un chasseur, tantôt un cultivateur installé à Irawo. Quelques auteurs anciens ont décrit une divinité féminine ; la plupart des sources parlent d’un orisha masculin dont les prêtres sont surtout des prêtresses.
Attributs et symboles
Son emblème est un grand bâton de fer, à la lame plate et au pommeau massif, qui ressemble à une épée. Henry Drewal et John Pemberton rapportent qu’il était forgé à Irawo, à partir de houes apportées par les fidèles, et qu’il représentait une dépense considérable pour une famille. On le garde debout dans le sanctuaire, habillé d’un fourreau entièrement brodé de perles, qui compte parmi les pièces remarquables de l’art yoruba.
Les prêtresses se reconnaissent à deux traits verticaux tracés sur le front, l’un rouge, l’autre blanc. Le rouge et le blanc sont ses couleurs des deux côtés de l’Atlantique.
Mythes principaux
Le récit rapporté par Johnson et par Pierre Verger raconte qu’un homme d’Irawo, atteint de la lèpre, fut chassé de la ville et se réfugia dans la brousse avec sa femme. Vivant de chasse et de cueillette, ils apprirent à reconnaître les plantes comestibles, à les semer et à les récolter, et l’homme trouva aussi les remèdes qui le guérirent. Revenus à Irawo, ils enseignèrent ce qu’ils avaient appris. Après leur mort, les habitants les honorèrent comme ceux qui avaient donné l’agriculture.
Le même personnage est un juge. Johnson décrit l’ordalie d’Irawo : les personnes accusées de sorcellerie étaient conduites devant le sanctuaire, où le verdict était rendu dans une grotte ; l’innocent en ressortait, le coupable y était mis à mort. Les prêtres d’Orisha Oko étaient consultés de très loin pour ces affaires. Ce rôle judiciaire a pris fin avec la colonisation, mais il explique la réputation d’arbitre que l’orisha a gardée.
Culte et postérité
En pays yoruba, la grande fête d’Orisha Oko est celle des ignames nouvelles : personne, parmi ses fidèles, ne goûte la récolte de l’année avant de lui en avoir offert les prémices. La fête, joyeuse, associe repas partagés et prières pour la fécondité. Le culte est héréditaire et se transmet dans les familles qui possèdent un bâton.
Dans la diaspora, où les esclaves déportés ne cultivaient plus pour eux-mêmes, l’orisha a perdu de son importance. Verger note qu’au Brésil Orixá Okô est presque oublié, même si son nom reste cité dans certaines maisons de candomblé. À Cuba, il s’est mieux maintenu. Lydia Cabrera le décrit comme le patron des laboureurs, travailleur et discret, que l’on prie pour les récoltes et pour la fécondité des femmes, et que les autres orishas prennent pour arbitre de leurs querelles. Son autel porte une tuile peinte de traits rouges et blancs et un petit laboureur de métal conduisant une paire de bœufs. Les fidèles l’associent à saint Isidore le Laboureur, patron catholique des paysans : le rapprochement, né dans les campagnes cubaines à l’époque coloniale, tient à la fonction commune des deux figures.