Orunmila
Orisha de la divination et de la sagesse, maître d’Ifa
Origines
Orunmila est l’orisha de la sagesse et de la divination. Les Yoruba l’appellent aussi Ifa, du nom du système de divination qu’il gouverne, et l’un de ses titres est Eleri ipin, « le témoin du destin » : il était présent, disent les pratiquants, lorsque chaque être humain a choisi son destin devant Olodumare, et il est donc le seul à pouvoir le rappeler à ceux qui l’ont oublié. Le poète et universitaire Wande Abimbola, lui-même devin, le présente comme Ibikeji Olodumare, « le second après Olodumare ».
La tradition situe son passage sur terre à Ile-Ife, et plusieurs villes se disputent le souvenir de son séjour. William Bascom, dont l’étude de 1969 reste la référence sur Ifa, observe que ce culte n’est pas celui d’une force de la nature mais d’un savoir : ce qu’on honore en Orunmila, c’est la connaissance ordonnée du monde.
Attributs et symboles
Les objets d’Orunmila sont ceux du devin. Seize noix de palme, les ikin, sont sa présence même sur l’autel. Le devin les manipule d’une main à l’autre et trace sur un plateau de bois, l’opon Ifa, recouvert d’une poudre claire, les marques qui composent un signe. Il peut aussi lancer une chaîne à huit demi-coques, l’opele, plus rapide. Sur le bord du plateau est sculpté le visage d’Eshu, le messager, qui veille sur toute consultation.
Le système repose sur seize signes de base, qui se combinent deux à deux pour former deux cent cinquante-six odu. Chaque odu est associé à un ensemble de récits, de poèmes et de prescriptions, les ese Ifa, que le devin, le babalawo, « père des secrets », apprend par cœur pendant des années. Abimbola a publié et traduit une partie de ce corpus, qui constitue l’une des grandes littératures orales d’Afrique.
Mythes principaux
Un récit rapporté par Abimbola et Bascom raconte qu’Orunmila, vivant parmi les humains, fut un jour offensé par l’un de ses fils. Furieux, il quitta la terre et remonta au ciel. Aussitôt, l’ordre du monde se défit : les femmes ne concevaient plus, les pluies cessaient, les malades ne guérissaient pas. Ses huit enfants vinrent le supplier de revenir. Il refusa, mais donna à chacun seize noix de palme et leur dit de le consulter par leur intermédiaire. C’est l’origine des ikin et de la divination.
D’autres récits, cités par Bascom, racontent qu’Eshu lui a enseigné l’art de lire les signes, ou qu’Orunmila a transmis à Oshun la divination par les cauris. Les versions se contredisent, et les devins eux-mêmes savent que les récits d’Ifa n’ont pas à être cohérents entre eux : chacun répond à une situation.
Culte et postérité
Ifa est aujourd’hui encore consulté par des Yoruba de toutes religions, pour un mariage, une naissance, une maladie, un voyage ou un choix difficile. Les babalawo forment une corporation savante, initiée, longtemps proche des rois. En 2005, l’UNESCO a inscrit le système de divination Ifa sur sa liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.
Dans les Amériques, Orunmila est Orula à Cuba, où les babalawos ont maintenu le système d’Ifa presque intact et où ses fidèles portent le bracelet vert et jaune qui marque leur lien avec lui. Au Brésil, la divination des orishas s’est surtout faite par les cauris, et le culte d’Orunmila y est resté plus discret, comme l’a relevé Pierre Verger. Depuis les années 1980, des devins nigérians et cubains circulent entre les deux rives, et Ifa connaît un regain d’intérêt aux États-Unis et en Europe.