Oshosi
Orisha de la chasse et des forêts
Origines
Oshosi est l’orisha de la chasse. Il appartient à la famille des orishas chasseurs, avec Ogun, le maître du fer, dont il est le compagnon et, selon certains récits, le frère, et avec Erinle, autre divinité de la forêt. Pierre Verger, qui a le plus écrit sur lui, rattache son culte au royaume de Ketu, à cheval sur l’actuel Bénin et le Nigeria, dont il est considéré comme un ancien roi.
Fait rare parmi les orishas de cette encyclopédie, Oshosi est aujourd’hui à peu près absent de l’Afrique de l’Ouest. Verger constate, dès ses enquêtes des années 1950, que son culte y avait presque disparu, en partie parce que Ketu fut ravagé par les guerres du XIXe siècle et que ses habitants furent déportés en masse vers le Brésil et Cuba. C’est de l’autre côté de l’Atlantique que sa mémoire s’est conservée.
Attributs et symboles
L’emblème d’Oshosi est l’arc et la flèche, souvent fondus dans une même pièce de métal, qui figure sur ses autels. Ses fidèles le représentent en chasseur vêtu de peaux et de plumes, portant un carquois et une corne. Ses couleurs, dans le candomblé, sont le bleu et le vert ; à Cuba, le bleu et le jaune. On lui offre du maïs, des ignames et le produit de la chasse.
Les pratiquants le disent vif, solitaire et précis, à l’image de sa flèche, qui ne manque jamais sa cible. Il connaît les plantes et les secrets de la forêt, ce qui l’associe aussi à la médecine par les herbes. Il est le protecteur de ceux qui vivent de la nature et, dans les Amériques, de ceux qui ont affaire à la justice.
Mythes principaux
Le récit le plus connu, rapporté par Verger, raconte qu’un oiseau énorme, envoyé par des sorcières, vint se poser sur le toit du palais du roi et refusa de s’envoler. Les chasseurs les plus renommés furent appelés ; chacun tira ses flèches et manqua. Oshosi fut le dernier à se présenter. Sa mère, inquiète, consulta un devin, qui lui prescrivit une offrande. Oshosi tira une seule flèche, et l’oiseau tomba. Le roi le combla d’honneurs, et la foule acclama le chasseur.
Selon certaines versions, ce récit se termine par un drame : la mère d’Oshosi, qui avait préparé l’offrande sans le prévenir, fut tuée par le chasseur lorsqu’il apprit qu’une femme avait touché à ses affaires, et il comprit trop tard qu’il devait sa victoire à sa propre mère.
Culte et postérité
Au Nigeria et au Bénin, on ne trouve plus que des traces du culte d’Oshosi, dans quelques familles de chasseurs et dans les cultes voisins d’Ogun et d’Erinle. Dans les Amériques, en revanche, il occupe une place de premier plan.
Au Brésil, Oxóssi est le patron de la « nation » Ketu, la branche la plus influente du candomblé de Bahia, et son titre de roi de Ketu y est resté vivant. Roger Bastide et Pierre Verger décrivent sa danse, qui mime la traque et le tir à l’arc. Les fidèles l’associent à saint Georges à Bahia et à saint Sébastien, percé de flèches, à Rio de Janeiro. À Cuba, Ochosi forme avec Eleguá et Ogún le groupe des « guerriers » reçus par tout initié, et son arc de métal est placé dans un chaudron avec les outils d’Ogún. Il y est aussi l’orisha que l’on invoque lors des procès et des affaires de prison, en souvenir de sa flèche qui atteint toujours ce qu’elle vise.