Ces dieux

Shango

Orisha de la foudre, du tonnerre et de la royauté d’Oyo

Origines

Shango est l’orisha de la foudre et du tonnerre, et l’un des rares dont la tradition affirme qu’il a d’abord été un homme. L’historien yoruba Samuel Johnson, dans son History of the Yorubas rédigée à la fin du XIXe siècle, le compte parmi les premiers rois, les Alaafin, d’Oyo, la puissante cité-État qui a dominé le pays yoruba jusqu’au XIXe siècle. Il serait le fils d’Oranyan, fondateur d’Oyo, et aurait régné à Oyo-Ile, l’ancienne capitale.

Pierre Verger et Bolaji Idowu estiment que ce roi divinisé a absorbé le culte d’une divinité plus ancienne de la foudre, Jakuta, « celui qui lance des pierres ». La figure de Shango réunit ainsi deux héritages : un phénomène naturel redouté et le souvenir d’une dynastie.

Attributs et symboles

L’emblème de Shango est la double hache, oshe Shango, que ses prêtres et ses danseurs portent à l’épaule : ses deux lames symétriques figurent la foudre qui part dans les deux sens. Ses autels abritent des « pierres de foudre », des haches de pierre polie que les Yoruba trouvent dans la terre et considèrent comme les projectiles qu’il lance du ciel. On lui offre des béliers, de l’amala, une pâte d’igname, et du gombo. Ses couleurs sont le rouge et le blanc ; ses tambours, les bata, ont un rythme qui lui est propre.

Ses fidèles décrivent un roi impétueux, juste et violent, qui punit les voleurs et les menteurs en incendiant leur maison. Samuel Johnson rapporte que, lorsqu’un bâtiment était frappé par la foudre, les prêtres de Shango venaient en prendre possession et exiger des offrandes de ses occupants, coupables d’avoir attiré la colère du dieu.

Mythes principaux

Le récit de sa fin est le plus important. Selon Johnson, Shango, roi tyrannique et fasciné par les charmes, opposa l’un à l’autre ses deux généraux, Timi et Gbonka, espérant qu’ils s’entretueraient. Gbonka l’emporta et somma le roi de quitter Oyo. Abandonné, Shango partit en exil et se pendit à un arbre, à Koso. Ses partisans, refusant cette mort humiliante, proclamèrent « Oba ko so », « le roi ne s’est pas pendu », et affirmèrent qu’il était monté au ciel par une chaîne et qu’il parlait désormais dans le tonnerre. Cette formule est devenue l’un de ses noms.

D’autres récits racontent qu’il crachait du feu par la bouche, ou qu’en jouant avec un charme il fit descendre la foudre sur son propre palais et perdit ses femmes et ses enfants. Ses épouses divines sont trois rivières : Oya, Oshun et Oba, dont les rivalités nourrissent de nombreux récits.

Culte et postérité

Le culte de Shango a été la religion d’État de l’empire d’Oyo : l’Alaafin était considéré comme son incarnation, et ses prêtres possédés, les elegun, servaient le pouvoir royal dans les provinces. J. Lorand Matory a montré comment ces prêtres, qui se coiffent et s’habillent à la manière des épouses lorsque le dieu les « monte », expriment par leur corps la relation entre le roi-dieu et ses sujets. Le culte reste vivant à Oyo, où une fête annuelle lui est consacrée.

Les guerres du XIXe siècle qui ont abattu Oyo ont envoyé un grand nombre de ses habitants dans la traite atlantique, et Shango est devenu l’un des orishas les plus importants des Amériques. Il est Xangô au Brésil, où son nom désigne même, à Recife, l’ensemble de la religion afro-brésilienne, et Changó à Cuba, où les fidèles l’associent à sainte Barbe, patronne des artilleurs, en raison de la foudre. À Trinité, le culte des orishas a longtemps été appelé simplement « Shango ».

Pour aller plus loin

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Sources

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