Ces dieux

Yemoja

Orisha des eaux et mère des orishas

Origines

Yemoja est l’orisha des eaux et la mère par excellence. Son nom est généralement compris comme une contraction de yeye omo eja, « la mère dont les enfants sont des poissons », une image de fécondité inépuisable. Au Nigeria, elle est d’abord une divinité de rivière : Pierre Verger la rattache à la rivière Ogun, qui traverse le pays des Egba, et son culte a pour centre Abeokuta, en particulier le quartier d’Ibara. On la trouve aussi à Ibadan et dans plusieurs villes de l’actuel Bénin.

Dans certains récits, elle est la fille d’Olokun, l’orisha de l’océan, et, dans la tradition des Amériques, la mère de la plupart des orishas. Cette généalogie varie d’une région à l’autre : les pratiquants ne racontent pas tous la même histoire, et les chercheurs y voient la trace de cultes locaux réunis sous un même nom.

Attributs et symboles

Yemoja est représentée comme une femme aux seins généreux, signe de sa fonction nourricière. Ses couleurs sont le blanc et le bleu clair, parfois le cristal transparent. Ses fidèles portent des colliers de perles de ces couleurs et elle danse avec un éventail de métal, l’abebe, dans lequel les récits voient l’instrument de sa coquetterie autant que de sa puissance. Les offrandes varient selon les lieux ; Verger cite notamment les béliers, les canards et divers plats préparés pour elle par ses fidèles.

Les pratiquants la disent calme et protectrice, mais capable de colère brusque, comme une eau qui monte. Elle veille sur les femmes enceintes, les accouchements et les jeunes enfants, et l’on s’adresse à elle pour obtenir une descendance.

Mythes principaux

Un récit recueilli par Verger raconte son mariage avec Okere, roi de Shaki. Elle accepte de l’épouser à une condition : il ne doit jamais se moquer de sa poitrine. Un jour, ivre, Okere la raille. Blessée, Yemoja s’enfuit ; dans sa fuite, elle trébuche et laisse tomber la calebasse qu’elle avait reçue en cas de danger, et l’eau qui s’en échappe devient une rivière qui l’emporte vers la mer. Okere tente de lui barrer la route en se changeant en montagne, mais Shango, appelé à l’aide, fend la montagne d’un coup de foudre et libère le passage. Ce récit explique le cours de la rivière et la fuite de Yemoja vers l’océan.

D’autres récits racontent comment ses seins, ou ses larmes, ont donné naissance aux rivières et à plusieurs orishas. Ils diffèrent trop d’une source à l’autre pour être résumés en un seul texte.

Culte et postérité

Au Nigeria, Yemoja reste honorée à Abeokuta et dans les villes de la rivière Ogun, par des prêtresses et des prêtres qui portent l’eau sur la tête lors des fêtes annuelles. Son culte y garde un caractère local, lié à une rivière précise.

C’est dans les Amériques qu’elle est devenue une divinité de la mer et l’une des figures les plus populaires de tout le monde afro-atlantique. Au Brésil, Iemanjá reçoit chaque 2 février, à Salvador de Bahia, des offrandes de fleurs, de parfums et de miroirs portées en mer par des barques, et le soir de la Saint-Sylvestre des foules vêtues de blanc jettent des fleurs dans les vagues de Rio de Janeiro. À Cuba, Yemayá est associée par les fidèles à la Vierge de Regla, patronne du port de La Havane. Verger, qui a comparé les deux rives dans ses Notes sur le culte des orisa et vodun, souligne que ce passage de la rivière à l’océan est l’une des transformations les plus nettes que la traite ait imposées à la religion des orishas.

Pour aller plus loin

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Sources

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