Ces dieux

Esus

Dieu gaulois figuré en bûcheron

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Origines

Esus est un dieu gaulois dont on possède un nom, une image et presque rien d’autre. Le nom apparaît chez Lucain, au premier chant de la Pharsale : entre Teutatès et Taranis, le poète cite « Esus, effrayant par ses autels sauvages ». Les manuscrits écrivent aussi Hesus ou Aesus. Henri d’Arbois de Jubainville relevait la variante Aesus sur une monnaie de Grande-Bretagne.

Le radical se retrouve dans des noms d’hommes gaulois, comme Esunertus ou Esugenus, que l’on comprend « qui a la force d’Esus » et « né d’Esus ». Le dieu était donc assez connu pour entrer dans l’onomastique. L’étymologie de son nom reste discutée, et aucune des explications avancées ne s’impose.

Aucun texte irlandais ou gallois ne conserve de figure portant ce nom.

Attributs et symboles

Le seul portrait assuré se trouve sur le pilier des Nautes, monument offert à Jupiter par la corporation des bateliers parisiens sous le règne de Tibère, découvert en 1711 sous le chœur de Notre-Dame et conservé au musée de Cluny. L’un des blocs porte l’inscription ESVS au-dessus d’un homme barbu, en tunique courte d’artisan, qui taille un arbre feuillu avec une serpe ou une cognée. Sur la face voisine, sous la légende TARVOS TRIGARANVS, un taureau se tient parmi des feuillages, trois grues posées sur lui.

Un relief trouvé à Trèves, sur une stèle dédiée à Mercure, réunit sans légende les mêmes éléments : un bûcheron attaque un arbre dans lequel on distingue une tête de taureau et trois oiseaux. Les deux monuments illustrent visiblement la même histoire, que nous ne connaissons pas.

Les gloses de Berne à Lucain identifient Esus tantôt à Mars, tantôt à Mercure, ce qui montre que les commentateurs antiques n’en savaient déjà plus grand-chose.

Mythes principaux

Le mythe du bûcheron, du taureau et des grues est perdu. On a proposé d’y voir un épisode saisonnier, l’abattage d’un arbre sacré, ou un récit apparenté à certains passages de l’épopée irlandaise où interviennent un taureau et des oiseaux. Ce sont des conjectures, et aucune ne fait l’unanimité.

Le reste concerne le sacrifice. Selon les gloses de Berne, la victime d’Esus était suspendue à un arbre et blessée jusqu’à ce que mort s’ensuive ; le passage est obscur et sa traduction discutée. Le lien entre ce rite et l’arbre du pilier parisien a souvent été noté.

D’Arbois de Jubainville allait plus loin : il supposait que le bois coupé par l’Esus de Cluny était destiné au bûcher du sacrifice, et il rangeait le dieu, avec Teutatès et Taranis, parmi les formes d’un dieu de la mort et de la nuit, pendant gaulois des Fomoire d’Irlande. Il rappelait à ce propos que les sacrifices humains étaient interdits en Gaule à l’époque où le pilier fut sculpté, mais que, d’après Pomponius Mela, on en gardait un simulacre. Sa théorie des dieux de la nuit est aujourd’hui abandonnée, et rien dans l’image n’évoque un bûcher.

Culte et postérité

En dehors du pilier parisien, le nom d’Esus n’apparaît presque jamais dans les dédicaces ; son culte n’est pas localisé. Paul-Marie Duval et Miranda Green soulignent ce contraste entre la renommée que lui a faite Lucain et la rareté des documents. La « triade » que forment chez le poète Teutatès, Esus et Taranis est une énumération littéraire : aucune inscription ne réunit les trois dieux.

Aux XVIIIe et XIXe siècles, les celtomanes ont fait d’Esus un dieu suprême des druides, parfois rapproché de Jésus sur la seule ressemblance des noms. Ces spéculations n’ont aucun fondement. Le bloc du musée de Cluny demeure le document essentiel, et l’un des rares où un dieu gaulois est à la fois nommé et figuré.

Figures apparentées dans d’autres panthéons

  • Mars — Dieu de la guerre, père de Romulus, gardien de Rome (Mythologie romaine)
  • Mercure — Dieu du commerce, du gain, des voyageurs et des messages (Mythologie romaine)

Pour aller plus loin

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Sources

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