Teutatès
Dieu gaulois protecteur de la tribu
Origines
Teutatès est un dieu gaulois connu par un vers de poète, quelques gloses et une poignée d’inscriptions. Aucun récit ne le concerne. Lucain le nomme au premier chant de la Pharsale, parmi les dieux que les Gaulois, laissés en paix par le départ de César, apaisent par un sang cruel : le « farouche Teutatès », puis Esus et Taranis.
Le nom s’explique bien. Il dérive du mot celtique teutā ou toutā, « tribu », « peuple », le même que l’irlandais túath. Teutatès serait donc « celui de la tribu ». Beaucoup de chercheurs en concluent que le mot était moins un nom propre qu’un titre, que chaque peuple pouvait donner à son propre dieu protecteur. On a rapproché de cette idée une formule de serment des récits irlandais : « je jure par le dieu par lequel jure ma tribu ». L’hypothèse est vraisemblable, mais elle reste une hypothèse.
Henri d’Arbois de Jubainville signalait que les formes Toutatis et Teutatès ne diffèrent que par une variation régulière de la diphtongue.
Attributs et symboles
On ne connaît aucune image certaine de Teutatès. Les inscriptions d’époque romaine l’associent le plus souvent à Mars. D’Arbois de Jubainville en citait deux : une dédicace à Mars Toutatis trouvée dans le Hertfordshire, en Grande-Bretagne, et une autre à Seckau, en Styrie, où Toutatis figure dans une longue série d’épithètes de Mars. Il en déduisait que Teutatès était le « Mars » auquel, selon César, les Gaulois vouaient le butin avant la bataille. D’autres dédicaces sont connues, jusqu’à Rome même, et l’on a trouvé dans l’est de l’Angleterre de nombreuses bagues marquées TOT, que l’on rapporte à son culte.
Les gloses à Lucain conservées dans un manuscrit de Berne ne tranchent pas : l’une l’identifie à Mercure, l’autre à Mars. Cette hésitation convient à un dieu de la communauté, à la fois guerrier et garant de la vie commune, que les catégories romaines découpaient mal.
Mythes principaux
Aucun mythe n’a survécu. Les seuls éléments narratifs touchent au sacrifice. Les gloses de Berne affirment que les victimes offertes à Teutatès étaient plongées la tête la première dans une cuve pleine, jusqu’à l’étouffement. On a souvent rapproché cette notice d’une plaque du chaudron de Gundestrup, où un grand personnage tient un homme au-dessus d’un récipient ; le rapprochement est conjectural, et la scène a reçu d’autres explications.
Ces témoignages sont à manier avec prudence. Lucain écrit en poète et veut peindre des barbares ; ses commentateurs travaillent plusieurs siècles après la fin des sacrifices qu’ils décrivent.
D’Arbois de Jubainville proposait une interprétation d’ensemble. Pour lui, Teutatès, Esus et Taranis étaient trois formes d’un même dieu de la mort et de la nuit, le Dis Pater dont César dit que les Gaulois se croyaient issus, et ils répondaient aux chefs des Fomoire dans les récits irlandais. Ce système dualiste, opposant dieux du jour et dieux de la nuit, appartient à la science du XIXe siècle ; il n’est plus défendu.
Culte et postérité
La répartition des inscriptions, de la Bretagne romaine au Norique, montre un nom largement répandu dans le monde celtique, mais rarement gravé. Sous l’Empire, le dieu se fond dans le Mars provincial, protecteur du territoire autant que maître de la guerre. Paul-Marie Duval insistait sur ce caractère tribal, qui explique que Teutatès n’ait pas de visage propre.
Sa célébrité moderne tient à Lucain, puis à la bande dessinée. Le « par Toutatis ! » des Gaulois d’Astérix a rendu son nom plus familier au public que celui de n’importe quel autre dieu gaulois. Ce succès ne doit pas faire oublier la minceur du dossier : un nom, un sens probable et quelques lignes d’auteurs latins.